‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 246 sur 339 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Si on voulait, si on pouvait lire les cent trentetrois commentaires dont parle RosenmuUer, et tant d'autres qu'il n'a pas connus*, on verrait que, lorsque les auteurs sont orthodoxes et vraiment reli- Sfieux, ils découvrent dans ce poème toutes les dé-

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rivations de l'amour de Dieu.

Il faut rendre justice au moyen âge : dans ses explications et ses commentaires du Cantique des cantiques , il fait preuve d'une grande largeur d'esprit. Rien ne lui est échappé des sens mystiques et multiples que TÉglise approuve. Le parti pris de relever dans chaque texte de la Bible un sens littéral, allégorique, moral et anagogique , bien qu'il ait souvent entraîné les commentateurs à des subtilités et à des exagérations, les a servis dans leurs explications du Cantique. Ils ont traité tour à tour les questions les plus difficiles de la dogmatique chrétienne et de la morale. Leurs dissertations ne manquent ni d'élévation ni de profondeur, et la piété y trouve un aliment et un stimulant.

Il serait inutile de parler des sens mystiques et prophétiques du Cantique des cantiques à un lecteur qui n'admettrait pas , au préalable , que le poème est une allégorie peignant l'amour divin sous les traits d'un amour humain enflammé. Nous croyons l'avoir prouvé et nous ne pouvons revenir sur ce sujet. En ce moment nous voulons établir, par la considération des textes et par le témoignage des saints Pères, que l'allégorie du Cantique est à la fois historique et prophétique. Elle est historique, parce qu'elle chante les témoignages

* Un des plus considérables, qu'on s'étonne de voir oublié par RosenmuUer, est le commentaire de Louis de Léon.

d'amour que Jéhovah avait déjà donnés à son peuple au moment où Salomon écrivait. Elle est prophétique, parce que, entre autres signes, les générosités de l'amour réciproque du berger et de la bergère dépassent dans leur expression l'amour et la fidélité de la nation juive à l'égard de Jéhovah : l'allégorie vise et annonce d'autres amours encore de la part de Dieu, et d'autres reconnaissances de la part de ceux qui en sont aimés, à savoir, le mariage mystique du Verbe et de l'humanité dans l'Incarnation, les amours réciproques du Christ et l'Église.

La prophétie s'étendrait- elle plus loin? Annoncerait-elle l'infidélité juive envers le Messie et la réconciliation, à la fin des temps, entre Jéhovah et Israël? Plusieurs l'ont pensé. Sans y contredire, nous ferons observer que le Cantique des cantiques ne précise rien à cet égard. Cependant Salomon, éclairé de Dieu , pouvait prévoir que le Messie , quand il viendrait, trouverait des contradicteurs et des adversaires, et que tous ne s'inclineraient point avec empressement et sincérité devant lui. Ces contradicteurs ouvriraient -ils un jour les yeux? Il y avait déjà des motifs tirés de prophéties précédentes pour croire à la réconciliation générale et finale. Le Pentateuque ne nous présente -t- il pas le choix que Dieu a fait des enfants d'Abraham comme absolu et immuable? Par conséquent, les promesses faites ne doivent - elles pas être maintenues et réalisées malgré les inconstances du peuple juif, si durables qu'elles soient?

Nous avouons que le Cantique n'est pas une Apocalypse, et surtout que l'on n'y trouve point de prédictions semblables à celle de Nathan, annonçant que le Messie descendrait de David ; à celle de Michée, qui

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