CHAPITRE Vil
à tous les dangers, depuis le séjour de l'Egypte jusqu'à l'exil de Babylone, est la figure de Jésus- Christ guidant, instruisant et sauvant son Eglise à travers les siècles. Salomon chante tout cela dans le Cantique des cantiques, car l'un des noms de l'époux est véritablement Jéhovah, comme celui de l'épouse répond au nom d'Israël.
Nous ferons remarquer d'ailleurs que le parallélisme du Cantique des cantiques avec l'histoire d'Israël ne s'impose que comme conception générale. Les rapprochements des faits particuliers de cette histoire avec les incidents du poème n'ont généralement d'autre autorité que celle des auteurs qui les font. Leur subjectivité est démontrée par ce fait que les rapprochements , les similitudes , en un mot les explications de l'allégorie, sont aussi multiples et diverses que les commentateurs. Ce n'est point à dire qu'elles soient sans valeur. L'exécution d'une œuvre musicale éveille chez ceux qui sont sensibles à la musique une foule de pensées et de rêveries différentes, entièrement subjectives et personnelles; mais le jugement des artistes sur l'idée génératrice de l'œuvre ne perd point pour cela de son autorité. Il va de soi que les colliers et les perles de la bergère , que le nard dont elle est parfumée ne peuvent s'entendre que des qualités et des vertus de la nation israélite; que les comparaisons de l'époux à un bouquet de myrrhe , à un pommier, etc. , peignent d'une manière générale, et non par la signification propre à chacun des objets, les attributs et les bontés de Dieu. Ce sont, nous l'avons vu, les réserves formelles des Pères, comme Origène, saint Hilaire, saint Epiphane , saint Augustin.
Qu'on se rappelle ici ce que nous avons dit plus
haut. Salomon se proposait un but général qui a dominé tout le poème. Il a fait la peinture de l'amour humain, afin de mettre dans un relief plus saisissant l'amour divin.
Isaïe met dans la bouche de Dieu cette belle et touchante parole : « Mon amour pour toi , ô Israël , est si grand, qu'il surpasse celui de la mère pour ses enfants : elle peut les oublier; mais Jéhovah n'oubliera jamais son peuple. » Isaïe aurait pu développer ce thème, s'engager dans une longue peinture des sollicitudes de la mère pour son enfant, et déclarer ensuite que celles de Dieu pour son peuple sont infiniment supérieures. Dieu a voulu que Salomon fît ce qu'Isaïe n'a point fait en cette occasion : qu'il peignît, non l'amour d'une mère, mais l'amour ardent et mutuel d'un berger et d'une bergère, pour montrer jusqu'où peuvent aller les ardeurs de l'amour divin. Pour se mettre dans la vérité du poème et dans son intention, on peut supposer qu'à la fin de chacun des chants du Cantique Salomon a sous-entendu une pensée comme celle-ci : « Israël , tu vois quel est l'amour le plus puissant de la terre : c'est celui de deux époux épris l'un de l'autre. Eh bien! l'amour de Jéhovah pour toi est plus intense et plus puissant encore. » L'amour du berger et de la bergère, c'est la réalité du sentiment humain , figure de la réalité du sentiment divin, et le premier n'est dépeint si puissant et si violent, que pour faire comprendre par une sorte d'à fortiori la puissance et l'intensité de l'autre. La peinture très vive de l'affection de la bergère a pour but de montrer l'ardeur avec laquelle la créature doit répondre à l'afPection divine.
On objectera que la Sulamite se montre bien plus fidèle à son fiancé qu'Israël envers Jéhovah, et que