CHAPITRE VII 45 i
de vérité encore , ce que l'Ecriture dit des époux : (( Ils ne sont plus deux, ils sont un ^ »
L'incarnation est aussi un mariage, d'après Théodoret : « Voici, dit-il, le chef-d'œuvre de la bonté de Dieu et de sa miséricorde infinie : lui , l'Auteur de notre nature, il a poussé la condescendance non seulement jusqu'à délivrer de la mort cette misérable boue de notre corps, et à l'adopter, mais jusqu'à la prendre pour épouse. » Et il ajoute en s'inspirant des paroles mêmes de Salomon : « Il l'a parée de ses présents de noces, il s'est fait son ami, sa nourriture , son breuvage , sa voie , sa porte , sa vie , sa lumière, sa résurrection. »
C'est donc entrer dans la pensée des saints Pères que de considérer le Cantique des cantiques comme l'épithalame de l'Incarnation.
§ III. Amour de Dieu éclatant dans Thymen du Verbe incarné avec rÉglise.
L'hymen que la tradition chrétienne s'est plue à voir célébré dans le Cantique des cantiques a été surtout l'union de Jésus -Christ et de l'Eglise -. Les textes des Pères sont, sur ce sujet, très multipliés et très frappants. Ils semblent participer à l'enthousiasme du Cantique des cantiques. Mais ce qui est plus frappant encore, c'est que Jésus -Christ et les
* August. In psalm. xLiv. Gonjunctio nuptialis Verbum et caro; hujus conjunctionis thalamus Virginis utérus ; etenim caro ipsa Verbo est conjuncta, unde dicitur jam non duo, sed una caro.
"^ Totus hic liber est prophetieus, dit Corneille Lapierre après saint Bernard , adeoque non est aliud quam continua prophetia de Christo et Ecclesia, ideoque obscurci, aenigmatica et symbolica. (Proleg-. c. m).
apôtres, dans leurs paroles telles qu'elles nous ont été conservées au Nouveau Testament, rappellent les paroles et les images du Cantique des cantiques quand ils exposent la nature des rapports d'union entre Jésus-Christ et son Eglise.
En effet, c'est sous l'image de l'union nuptiale chantée dans le Cantique des cantiques que le Nouveau Testament représente l'alliance du Christ avec l'Eglise. Dès les premiers jours, nous voyons Jean- Baptiste se plaire à donner au Sauveur le nom d'époux et s'appeler lui-même l'ami de l'époux*.
Poursuivant la même idée, le Sauveur s'appelle l'époux pendant la présence duquel il n'est pas permis de s'attrister et déjeuner*. On sait les belles paraboles sous lesquelles il dépeint le royaume des cieux, c'est-à-dire le royaume dont il est le roi, TEglise; celle des dix vierges, où il s'appelle l'époux ^, et celle des noces du fils d'un roi. Le fils du roi est manifestement le fils de Dieu, Jésus-Christ, et l'épouse, l'Eglise naissante, qui deviendra bientôt l'Eglise universelle.
Saint Paul entre pleinement dans l'ordre d'images consacré parle Sauveur. Souvent le Christ lui apparaît comme un époux, l'Église comme une épouse. Voulant indiquer aux époux chrétiens leurs devoirs mutuels, quel exemple d'union parfaite va-t-il leur proposer? « Jésus -Christ, dit -il, a aimé l'Eglise et s'est livré pour elle... Que les maris aiment leurs femmes, comme le Christ a aimé son Eglise; que les femmes soient soumises à leurs maris, comme l'Église l'est au Christs »
* Joan. m, 29.
« Matth. IX, 15; Marc, ii, 19; Luc. v, 34-35.
3 Matth. XXV, 1-13.
^ Éphes. V, 22-32.