CHAPITRE VII
tation des amours d'un chaste berger et d'une pudique bergère ^ »
Plus, en effet, une âme parvient à un état sublime, plus l'amour divin surabonde dans un cœur; plus aussi est étroite la mystérieuse alliance de cette âme avec le Dieu qu'elle adore, alliance qui, dans le secret asile de la conscience , établit entre la créature et le Créateur les plus suaves communications , fait échanger de pieux entretiens , pousser d'ardents soupirs , passer par d'amers désespoirs, de célestes langueurs ou des transports extatiques. Plus on est admis à jouir ainsi des mystiques faveurs de l'Epoux éternel, plus le sens élevé du Cantique apparaît naturel, et ses paroles se divinisent et ses emblèmes s'épurent. (( On trouve, dit M^' Plantier, dans ce livre sacré non seulement un tableau de ces alliances intimes, mais encore une langue toute faite pour rendre les divines impressions qu'on éprouve et un puissant auxiliaire pour s'élancer jusque dans le sein de Dieu. » Les Cécile et les Agnès n'ont point usé d'un autre langage que celui de l'épouse du Cantique pour chanter les tristesses de la séparation du fiancé de leur âme.
Mais parce que, entre toutes les âmes justes, celle de la Bienheureuse Vierge brille de l'éclat d'une justice toute spéciale, « comme la lune, pour nous servir du langage de l'Écriture , au milieu des étoiles, » parce que aussi la chair que le Verbe a revêtue est la chair de la Vierge Marie, chair qu'il a, pour ainsi dire, épousée, un grand nombre de Pères, et l'Eglise elle-même dans sa liturgie, appliquent le Cantique des cantiques à la Vierge Mère de Dieu-.
* Traité de l'amour de Dieu, I. I. c. ix.
^ « Et cela, dit Bossuet, même à la lettre et non pas par une appli-
Après avoir, comme nous, déclaré que le Cantique doit s'entendre du Christ et de l'Église, c'est-à-dire de ceux qui en sont les membres vivants, Bellarmin ajoute : « Le membre principal et le plus éminent de l'Eglise est la Vierge immaculée, Marie. Entre tous les membres qui composent l'Église, cette Vierge très sainte est appelée épouse, amie et colombe ^ »
« Au-dessus de toutes les âmes, dit à son tour saint François de Sales , expliquant le Cantique des cantiques^ dont il applique les paroles à la Vierge Marie 2, il y en a une très uniquement unique, qui est la reine des reines, la plus aimante, la plus aimable et la plus aimée de toutes les amies du divin Epoux; âme toute pure, qui n'aime pas même le paradis, sinon parce que l'Époux y est aimé, courageuse amante, qui ne sçait pas aimer le paradis de son époux , mais seulement son époux de paradis, et qui ne prise pas moins le Calvaire, tandis que son Epoux y est crucifié, que le ciel où il est glorifié. Elle est dite unique colombe, qui pour tout n'aime que son colombeau. Elle est nommée parfaite, parce qu'elle est rendue par amour une même chose avec la souveraine perfection. C'est la très sainte Vierge Notre-Dame : elle est une colombe si uniquement unique en dilection, que toutes les autres, mises auprès d'elle en parangon, méritent plutôt le nom de corneilles que de colombes. »
cation pieuse, puisqu'entre les âmes les plus élevées, Marie est la plus sublime et la plus parfaite : Non tantum accommodatione pia, sed etiam ad litteram, quo inter perfectissimas animas ipsa perfectissima est. »
* De gemitu columbœ , I, ii.
"■^ Traité de V amour de Dieu, X, v.