LE CANTIQUE DES CANTIQUES : L'HISTOIRE ET LES AMES
Application du Cantique à l'histoire de l'Ancien Testament, à l'histoire de l'Église et aux divers états ou degrés de perfection de l'âme chrétienne.
Nous serions incomplet si nous négligions entièrement l'application du Cantique des cantiques à l'histoire de l'Ancien Testament, à l'histoire de l'Eglise et à l'état des âmes.
Les Juifs aimaient à considérer le poème sacré comme le chant de leurs gloires et de leurs infortunes historiques. Les chrétiens, se piquant d'émulation, ont cru y trouver la prophétie des faits principaux qui ont signalé les divers âges de l'Eglise. Les moralistes ont voulu y reconnaître la peinture des divers états de l'âme chrétienne, depuis ses faibles commencements jusqu'à la plus haute perfection.
Ces vues surprennent d'abord; mais la réflexion les justifie. En effet, le Cantique ne peut -il pas être regardé comme un récit poétique de l'histoire de l'amour divin pour l'humanité et de l'histoire des correspondances de l'homme à cet amour? Les docteurs du moyen âge l'ont ainsi envisagé, et Bossuet lui-même a pensé que les divers états mystiques des
âmes, depuis la tiédeur jusqu'à l'amour le plus élevé, y sont allégoriquement dépeints ^
Nous ne croyons pas qu'on puisse nier la haute raison et la portée des principes sur lesquels se sont appuyés les docteurs. Mais nous serions incliné à estimer que dans cette manière d'interpréter le Cantique il a pu se glisser plus d'une fois des idées et des conceptions entièrement personnelles et subjectives. Nous l'avons déjà dit, on peut les accepter ou les rejeter. On peut les suivre, non pas tant à cause de leur correspondance exacte et réelle avec le texte du Cantique , que pour le profit que la piété et l'esprit peuvent retirer de la doctrine de ces auteurs. Nul article de notre foi n'est engagé par les interprétations du divin poème. « Aucune des explications qu'on a données du Cantique, dit Bergier, ne saurait faire autorité. L'application qu'on en a faite à tel sujet peut très bien n'être pas le sens le plus naturel du texte; mais c'est toujours du moins une leçon utile à la piété ^. »
Au reste, le Cantique des cantiques est une mine si riche , si féconde , si mystérieuse , que personne ne peut l'épuiser ni se flatter de savoir tout ce que Dieu y a mis; personne ne peut circonscrire l'inspiration du livre dans les limites que son propre esprit déterminerait. La raison peut établir des vraisemblances et des certitudes suivant ses lumières, for-
* Un moderne, Schœfer {Bas hohe Lied), a justifié le moyen âge et Bossuet. Mais , selon lui , le Cantique ne célèbre pas simultanément et partout les formes diverses que revêt l'amour divin. L'amour du Christ par la nature humaine serait chanté dans une première partie (I-ii, 7); dans une seconde, le Cantique exalterait l'amour du Christ pour l'Église (II , 8-vi) ; dans une troisième partie, l'amour du Christ pour les âmes en général (V, 2-viii, 4.).
^ Bei^ier, Dictionnaire, Cantique des cantiques.