CHAPITRE IX
seul verset de son sens mystique et lui donnait une signification grossière.
Bossuet dit tout cela quand, avec la délicatesse ordinaire de son langage, il s'exprime comme il suit : (( Le texte littéral est une allégorie, une fiction pure; il ne faut pas s'y attarder, mais passer rapidement au sens mystique et prophétique : Transitus sit velox. »
Cet avertissement donné au lecteur inconnu , à l'exemple de Bossuet, et en faveur de susceptibilités chrétiennes infiniment dignes de respect, poursuivant notre travail sous les yeux de la Vierge Marie, le saint nom de Dieu invoqué, nous entrons sans fausse crainte dans le saint et difficile sujet.
CHANT PREMIER Désirs et rencontres.
EXPOSITION
Nous divisons le Cantique des cantiques en cinq parties , comme l'ont fait Corneille Lapierre et d'autres commentateurs autorisés. Ce n'est pas que ces divisions s'imposent, mais il faut pour le lecteur des repos. D'ailleurs, analyser un livre, c'est le décomposer et l'exposer dans ses parties.
Plusieurs scènes ou plusieurs tableaux, liés plus ou moins ensemble, s'offrent à nous comme formant l'un des cinq chants du poème, et nous leur en
donnons le nom. Le même sujet, l'amour, revient toujours avec les deux mêmes personnages qui en sont les héros. Quant aux éléments du Cantique, ce sont les manifestations de l'amour telles qu'elles ont été observées et souvent décrites, soit dans l'ordre humain, soit dans l'ordre divin. Les obstacles nourrissent l'affection et l'avivent; les séparations créent les regrets et les désespoirs. Quand l'obstacle , en tombant , laisse le champ libre aux rencontres , à la réunion , c'est une joie dont la vivacité égale la violence des désespoirs de l'éloignement et des séparations. S'affliger quand l'amant s'en va, se réjouir quand il revient : voilà les deux pôles de l'amour ardent. Tant que la passion subsiste dans sa vivacité, l'âme est dans l'agitation et comme ballottée entre deux extrêmes. L'unité du Cantique des cantiques gît dans ces alternatives de F amour d'un même époux et d'une même épouse. Le récit dramatique des incidents de ce va-et-vient continuel, la peinture des lieux , des personnes en action , forment les tableaux dont les descriptions, jointes aux discours enflammés de l'époux et de l'épouse , partagent les chants.
Ces tableaux n'offrent pas à l'esprit, dans leur succession , l'idée que nous nous formons de la marche d'un drame. La gradation est peu sensible ; il semble difficile d'établir entre les incidents un lien logique. On dirait plutôt une juxtaposition, manière parfaitement acceptée en Orient, comme le prouvent les œuvres des poètes sacrés, de Job, de David, de Salomon dans ses Proverbes. Au reste, le lecteur ne doit point le perdre de vue, vraisemblablement nous n'avons le poème qu'à l'état fragmentaire.