CHAPITRE IX
l'épouse
3. Comme un pommier au milieu des arbres sauvages, tel est mon ami au milieu des jeunes hommes. Je suis assise à son ombre désirée, et ses fruits sont doux à mon palais.
4. Il m'a introduite dans la chambre des vins, et sa bannière est pour moi l'amour '.
5. Soutenez -moi avec du raisin, fortifiez - moi avec des fruits, car je languis d'amour.
6. La main gauche de mon bien -aimé supporte ma tête, et sa droite me tient embrassée.
l'époux
7. Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par les gazelles et les biches de la campagne , ne réveillez pas mon amie , ne troublez pas son sommeil avant qu'elle ne le veuille.
SENS MYSTIQUE ET PROPHÉTIQUE
I. — Application du premier chant à l'amour de Jéhovah pour la nation d'Israël , amour typique et figuratif de l'amour de Jésus- Christ pour son Église.
Les rabbins, conservateurs et interprètes de la tradition juive, appliquent à l'histoire d'Israël le dialogue par lequel s'ouvre le poème. Nicolas de Lyra a reproduit dans son commentaire leurs ingé-
* « Il m'a menée dans la chambre des vins. » C'est-à-dire, il m'a menée dans un lieu de délices ; il m'a enivrée d'amour. Les anciens ne mettaient pas comme nous leurs vins dans des caves obscures , mais dans des chambres hautes , auprès même de la chambre nuptiale. Homère nous apprend que l'on conservait en outre, dans des chambres pareilles, l'huile, l'or, l'argent et les habits précieux. Au moyen âge, les celliers étaient souvent des lieux de réjouissance, quelquefois fort ornés.
nieuses applications et les lignes générales de leur interprétation.
Le cri d'amour qui commence le Cantique : « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche , » serait le cri d'Israël en captivité dans la terre d'Egypte. Il soupirait après sa délivrance et les temps où, libre enfin, il servirait le Dieu de ses pères, régi par sa propre loi, signe de l'alliance de l'hymen entre Jéhovah et son peuple chéri. « Entraîne -moi, dit Israël, ô Jéhovah, toi dont le nom s'est répandu comme une huile ! » au souvenir des miracles qui ont signalé ta puissance quand tu as voulu nous tirer de l'Egypte ; « nous courrons joyeux » dans la voie des commandements que tu as promis de donner à la nation de ton héritage. Assez et trop longtemps les Pharaons nous ont opprimés; la servitude d'Egypte a assez noirci et défiguré la nation ton épouse : retire-la de cette « fournaise où l'on fond le fer* ». Les Égyptiens nous ont « commis à leurs travaux et à la garde de leurs vignes , et nous avons travaillé pour eux , loin de la terre de notre héritage » . Nous voulons enfin le recouvrer. Montre-nous où tu es, Jéhovah, montre ta présence à ton peuple.
La réponse de Jéhovah ne se fait pas attendre. Aie confiance, dit -il à Israël; si la persécution t'a noircie, tu ne laisses pas d'être mon épouse bienaimée. Cependant sors de cette terre, egredere, et suis les traces des patriarches tes ancêtres, « ces vieux pasteurs fils de pasteurs ^ »
Israël a écouté la voix de Jéhovah : le voilà maintenant dans le désert en route pour la terre promise.
1 Deut. lY, 20.
2 Gen. XLVi , 34.