CHAPITRE IX
Les bienfaits dont Dieu comble son peuple sont énumérés, d'après Lyra, dans la suite du Cantique, à partir de ces paroles : « Dum esset rex: Pendant que le roi était sur son divan, mon nard a exhalé son odeur. » C'est d'abord le bienfait insigne de la présence de l'arche du Seigneur, de cette arche dans laquelle Jéhovah se plaît à habiter au milieu de son peuple, et que le peuple aime comme luimême. Devant cette arche il brûle des parfums ; c'est « à son ombre qu'il se repose » , avec la tranquillité d'une épouse endormie confiante dans les bras de son époux.
IL — Application du Cantique des cantiques à l'amour du Christ pour la nature humaine dans l'Incarnation.
Saint Bernard a longuement expliqué les premiers mots du Cantique. Suivant ce Père, le cri: « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ! » traduit le « désir » des patriarches et des justes de l'Ancien Testament de cet heureux baiser, signe de la réconciliation promise, dans lequel une bouche ne s'est pas inclinée sur une bouche, mais Dieu s'est uni à l'homme*. « Il m'est venu à l'esprit, dit sainte Thérèse, que l'Epouse demandait par ces paroles à Jésus -Christ son Epoux qu'il lui plût de s'abaisser jusqu'à vouloir opérer cette si étroite union avec la nature humaine qui le rend tout ensemble Dieu et homme, puisque chacun sait que le baiser est une marque de paix, d'amitié et d'alliance entre deux personnes^. »
* Serm. II in Cantic.
^ Pensées sur l'amour de DieUf c.
Mais, avant d'arriver à cette bienheureuse union de Dieu avec la nature humaine, celle-ci aura des luttes à soutenir. La tache originelle l'a noircie ; elle voit s'élever contre elle les impies et le démon; sous leurs coups, elle devient la nature blessée et dépouillée de la théologie. « C'est, dit un commentateur, le temps du grand combat prédit à l'Éden : Je susciterai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ^ . »
Cependant Dieu ne se lasse point de prodiguer à la nature ses encouragements et ses caresses. Il la provoque de mille manières à hâter , par des désirs d'autant plus vifs que ses peines sont plus grandes, le moment de l'union hypostati que. Ce sont les appellations les plus tendres et les plus flatteuses : « Oui, tu es belle, dit-il, belle comme le lis au milieu des épines. »
La nature humaine est belle aux yeux de Dieu, parce qu'il la considère unie à son Verbe, et aussi parce qu'il en considère une partie en particulier, individuam partem, la nature immaculée de la Vierge Marie, Mère de Dieu. Ainsi seulement peut s'expliquer cette parole adressée à l'humaine nature: « Vous êtes toute belle : » Tota pulchra es^.
L'Epouse , se voyant ainsi aimée , redouble de désirs jusqu'à devenir languissante et à s'imaginer que
^ Pinto Ramirez, Canticum, canticoruniy 1. II, c. m. « Je suis, dit cet auteur, le premier commentateur qui ai entrepris d'expliquer à la lettre l'allégorie du Cantique aux noces du Verbe avec la nature humaine. Les Pères ne font qu'en passant , ohiter, cette application ; mais le peu qu'ils en disent est assez éclatant de lumière pour qu'on puisse développer leur pensée sans témérité (Proleg. § xii, et Praef. lib. II). Salméron veut que ce sens soit le principal, et le sens naturel du cantique, prœcipuus et germanus {t. I, prol. 10).
2 Pinto Ramirez , lib. II, c. iv.