‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 266 sur 339 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'union après laquelle elle soupire est accomplie : « De sa main gauche il soutient ma tête, dit- elle, de sa droite il me tient embrassée, » paroles que saint Bernard après Origène entend de l'humanité et de la divinité unies dans le Christ ^ .

III. — Application du Cantique des cantiques à l'amour du Christ pour l'Église.

Les Pères et les commentateurs se sont plu à considérer la première partie du Cantique des cantiques comme un colloque mystique entre le Christ et l'Eglise. On entend d'abord le langage des patriarches et des justes, tant Juifs que Gentils, considérés comme appartenant à. l'âme de l'Eglise et comme membres de son corps mystique , avant la naissance du Christ dans le temps. Pleins d'espérance au souvenir des promesses de l'Eden , ils hâtent de leurs vœux l'accomplissement de ces promesses. Cette Église patriarcale, Louis de Léon la considère comme l'Église dans sa petite enfance. Comme une fiancée à peine adolescente , elle est impatiente de voir s'accomplir le mystère de son mariage et d'être, par l'Incarnation , unie à son Epoux. Tout entière à la pensée du Christ -Messie, elle s'écrie : « Qu'il me donne des baisers de sa bouche ! ton amour est plus doux que le vin. »

Selon Louis de Léon, la parole de la fiancée : « Je suis noire , » serait une allusion au péché originel. Elle n'a pas su garder sa vigne, c'est-à-dire l'état d'innocence de l'Éden.

C'est ainsi que le célèbre commentateur Louis de

* Serm. IV, in Fest. omnium Sanctorum.

Léon , avec plus ou moins de bonheur, applique toute la première partie du Cantique des cantiques à l'Église patriarcale.

Sans remonter si haut, le plus grand nombre des commentateurs voient dans la première partie du Cantique la peinture des rapports de Jésus -Christ avec l'Eglise au temps des apôtres et depuis. Les applications que la tradition juive faisait du Cantique à l'amour de Jéhovah pour Israël, ils les firent à l'amour du Christ pour l'Eglise. Les paroles qui convenaient à l'Eglise figurative conviennent encore mieux à l'Eglise des chrétiens. Le baiser que celle-ci demande au Christ son Epoux, c'est la doctrine et la loi de l'Evangile, de même que les Juifs voyaient en ce baiser la loi de Moïse*.

Au milieu des persécutions et de leur excessive violence, l'Eglise s'est quelquefois demandé, comme l'héroïne du Cantique, si elle n'était pas délaissée de son Epoux. Elle le cherchait et voulait le retrouver. Il lui répondait alors : « Si tu cherches , ô Eglise, mon Epouse admirable, au milieu des persécutions et des doutes, si tu cherches où est ton bien -aimé, suis la trace des pasteurs, recherche quelle a été la foi des ancêtres, leur courage, leur héroïsme. Suis leurs pas, et tu me trouveras toujours^. ))

Dans tous les temps, la persécution a eu pour l'Eglise ce résultat de l'unir plus étroitement au Christ, et de mériter de son divin Epoux plus de faveurs, plus de tendresses et plus de gloire. C'est

* « Béni soit le nom de Jéhovah! dit la version chaldaïque sur le premier verset , béni soit Jéhovah qui nous a donné la loi par Moïse son serviteur, et qui nous a parlé sur la montagne, qui nous a comme embrasés alors ! »

2 Hortolanus.

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