‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 281 sur 339 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

férerait ce seul chantre bocager à toute la troupe des autres. Ainsi, après avoir ouï toutes les louanges que tant de différentes créatures rendent unanimement à leur Créateur , quand enfin on écoute la voix du Sauveur , l'âme , alors comme réveillée d'un profond sommeil, est tout à coup ravie par l'extrémité de la douceur dételle mélodie. Hé! je l'entends, ditelle, ô la voix ! la voix de mon bien -aimé, voix reine de toutes les voix, voix auprès de laquelle les autres voix ne sont qu'un morne silence. Voyez comme ce cher ami s'élance : le voici qui vient tressaillant es plus hautes montagnes, outrepassant les collines. Sa voix retentit au-dessus des séraphins et de toute créature. Tenez , le voilà ce divin amour du bien -aimé; comme il est derrière la paroi de son humanité , voyez qu'il se fait entrevoir par les plaies de son corps et l'ouverture de son flanc, comme par des fenêtres et en un treillis au travers duquel il nous regarde. Et il nous semond ce cher ami de nos âmes : Sus! lève-toi, dit -il, sors de toi-même, prends le vol devers moi , ma colombe , ma très belle, en ce céleste séjour où toutes choses sont joies. Tout y fleurit. Les tourterelles, qui sont les plus sombres oiseaux, y résonnent néanmoins leurs ramages. Viens, ma bien -aimée toute chère, viens et me montre ta face. Hé! je la vois maintenant sans que tu me la montres ; mais alors je la verrai et tu me la montreras. Fais que j'écoute ta voix, car je la veux allier à la mienne. Oh! quelle suavité à nos cœurs, Théotime, quand nos voix, mêlées avec celle du Sauveur, participeront à l'infinie douceur des louanges que ce Fils bien -aimé rend à son Père éternel! »

Le printemps qui succède à l'hiver signifie la ré-

mission des péchés par la pénitence , le temps des fleurs qui promettent des fruits, selon Origène.

Les petits renards qui ravagent les vignes en fleur figurent les imperfections, les défauts, les péchés véniels, qui ne détruisent pas la sainteté, la vie de la grâce, mais qui lui font néanmoins des préjudices importants, puisqu'ils diminuent le prix des saintes pensées, des bons désirs, des pieuses actions. En voyant ce ravage , Jésus s'en afflige et invite sa chère épouse à faire tous ses efforts pour empêcher ces défauts et ces mauvaises inclinations de grandir. Il ne lui commande pas de tuer les petits renards, c'est-à-dire de détruire entièrement ses imperfections et ses penchants : ils sont le triste apanage de la nature déchue; l'homme peut se corriger, et non se refaire. Mais il lui commande de les prendre tout petits , de les mettre dans l'impossibilité de faire du mal avant qu'ils aient grandi.

L'épouse qui va partout cherchant les traces de l'époux, c'est l'Eglise enseignée qui interroge les gardes, c'est-à-dire les pasteurs de l'Eglise qu'elle rencontre sur son chemin.

Enfin elle trouve l'époux. Elle le saisit, le tient serré entre ses bras, jusqu'à ce qu'elle se repose avec lui dans sa chambre secrète, c'est-à-dire, suivant saint Grégoire de Nysse, jusqu'à ce qu'elle l'introduise dans son cœur, et qu'elle le rende maître absolu de son esprit et de tout son être, et qu'elle revienne en l'état où elle était auparavant, « dans cet état, dit saint Bernard, où, endormie dans le sein de son bien- aimé, elle repose sans prendre souci des choses extérieures; protégée par son époux de toute inquiétude et de tout ennui , elle ne veut quit-

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