CHAPITRE XI
du Sanir et de l'Hermon, ces repaires des lions, ces montagnes des léopards *.
9. Tu m'as ravi le cœur, ma sœur, mon épouse; tu m'as ravi le cœur par un regard de tes yeux, par le collier de ton cou.
10. Que ton amour est beau, ma sœur, mon épouse! que ton amour est beau! Il est plus doux que le vin, et l'odeur de tes parfums vaut mieux que toutes les senteurs.
11. Tes lèvres distillent le miel, mon épouse; le miel et le lait se cachent sous ta langue, et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban.
12. Tu es un jardin fermé, ma sœur, mon épouse, une source close, une fontaine scellée;
13. Un jardin où poussent les grenadiers, les plus beaux fruits, le troène et le nard;
14. Le nard et le crocus, la cannelle et le cinnamome, avec toutes sortes d'arbres odorants, la myrrhe, l'aloès avec les meilleurs aromates.
15. Tu es la fontaine des jardins, la source d'eaux vives, le ruisseau qui coule du Liban.
16. Lève-toi, aquilon; viens aussi, vent du Midi; souffle sur mon jardin, et que tous les parfums s'en exhalent.
^ Le verset 8, combiné avec les versets qui précèdent, a été invoqué comme preuve de l'enlèvement de la Sulamite. Le berger, inconsolable du rapt de sa bergère, errait dans sa douleur autour de la forteresse du harem. Il entend la Sulamite chanter son amour. Alors, dans l'exaltation de son âme, il se précipite vers le lieu d'où part la voix qui fait battre son cœur, et il s'écrie : « A moi, à moi, ma fiancée! » Les murs de la forteresse, devant ce cri de l'amour, ne s'écroulent pas sans doute comme les murs de Jéricho; mais quelque porte mystérieuse, dont la clé se trouve à propos, s'ouvre et laisse l'amante se précipiter dans les bras de son épbux. On comprend alors les métaphores brûlantes que les époux échangent entre eux. — On le voit, c'est le drame moderne retrouvé dans
;iO LES ECRITS DE SALOMON
l'épouse
Que mon bien-aimé entre dans son jardin et qu^il mange de ses fruits savoureux.
l'époux
Ch. V. — 1. Je suis entré dans mon jardin, ma sœur, mon épouse; j'ai cueilli ma myrrhe et mes aromates; j'ai mangé mon miel dans ses rayons; j'ai bu mon vin et mon lait.
Mangez, buvez, et enivrez -vous, mes amis.
SENS MYSTIQUE ET PROPHÉTIQUE I. — Jéhovah et IsraëL
Le cortège royal qui apparaît au commencement du troisième chant figure, selon Nicolas de Lyra, le peuple israélite, quand, au désert, il poursuivait sa marche majestueuse. Le palanquin qui porte Salomon est la figure de Jéhovah, représenté par l'arche d'alliance. Les six cent mille combattants de la nation sont figurés par les soixante forts du Cantique. Balaam, en voyant la beauté des tentes du camp d'Israël et le bon ordre qui y règne , pousse un cri d'admiration. On dirait que le berger du Cantique, en voyant venir Salomon et la reine, s'est souvenu du chant du prophète qui l'aurait inspiré : « Que vos pavillons sont beaux , ô Jacob ! que vos tentes sont belles , ô Israël ! Elles sont comme des vallées couvertes de grands arbres , comme des jardins
un cantique sacré, l'un des plus anciens du monde. Avec quelle vraisemblance ? Gomment le texte se prête-t-il à cette construction artificielle du drame? Le lecteur en jug-era.
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le long des grands fleuves, toujours arrosés d'eaux, comme des cèdres sur le bord des torrents. Comme l'eau des fleuves, oui, telle est la postérité d'Israël ^ . »
Cette apparition du cortège royal de Salomon passe, et nous nous retrouvons seuls avec le berger et la bergère. Les louanges qu'ils s'adressent mutuellement représentent la complaisance avec laquelle Jéhovah regardait la nation chère d'Israël dans ses jours de fidélité. Cet amour est surtout manifeste dans le Deutéronome, livre qu'il importe de relire pour comprendre les liens étroits et affectueux établis par l'alliance de Jéhovah avec son peuple.
(( L'époux qui entre dans son jardin représente, dit Nicolas de Lyra, Jéhovah prenant possession de la terre sainte où coulent le lait et le miel, comme dans le jardin de l'épouse ^ »
IF. — Le Christ et la nature humaine.
Dans le Salomon qui s'avance majestueux, portant au front la couronne des rois, la couronne dont l'a couronné sa mère au jour de l'allégresse , les Pères ont salué le Christ, Verbe de Dieu, couronné par sa mère, la Vierge Marie, de la couronne de notre humanité. « Elle l'a couronné , dit saint Ambroise, quand elle a formé son très saint corps du plus pur de son sang ^ » — «Le diadème dont Marie a couronné son Fils, ajoute saint Grégoire, c'est
' Num. XXIV, 5-8.
- Cf. Louis de Léon, Des nomu «le Jésus- Christ , II, mi,
•' Anibros. De înstititt. Virr/. XVI.
notre humanité , couronne d'humilité pour lui , de gloire pour l'humanité son épouse, qui devint alors membre du corps dont il est la tête. Vrai jour d'allégresse, où les anges, comme les filles de Jérusalem, tressaillirent de joie et firent entendre le cri de la louange : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! jour où se réalisa la prophétie d'Isaïe , exprimée dans les paroles mêmes du Cantique : Je me réjouirai dans le Seigneur , qui m'a revêtu des vêtements du salut et de la justice, qui m'a ceint d'une couronne comme un époux , et m'a orné de pierreries comme une épouse * . »
On a rapproché du quatrième chant ce passage de l'Apocalypse : « Et j'ai vu, et voici une nuée brillante , et sur la nuée quelqu'un est assis , semblable au Fils de l'homme, portant au front une couronne d'or ^ »
Nous avons dit plus haut de quelle façon il fallait appliquer à l'humanité les louanges que l'époux adresse à l'épouse. Gomment cette humanité si misérable a- 1- elle pu mériter du Ghrist tant d'amour, au point qu'elle s'entend dire : «. Tu es toute belle, ma bien- aimée, et il n'y a point de tache en toi? » Théodoret nous assure que le Ghrist aime ainsi l'humanité, parce qu'il en a fait son épouse et qu'il la voit à travers sa propre chair divinisée. Gette humanité si fort exaltée, c'est, dit un commentateur, l'humanité immaculée de la Vierge Mère de Dieu.
Revêtu de la nature humaine, le Ghrist a pu dire avec le Gantique : Je suis venu dans mon jardin ;