‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 29 sur 339 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dence à la fermeté, la bonne conduite de soi-même à la bonne conduite des affaires. On a coutume, dans les discours et les livres , de se contenter de relever quelques textes vantant la sagesse de Salomon et quelques exemples où elle se révèle partiellement.

La sagesse , pour le vulgaire qui ne pénètre pas la profondeur des paroles d'Isaïe, n'est plus que l'un des sept dons du Saint-Esprit, le premier sans doute, mais entre six autres équivalents. On ne remarque pas qu'il renferme réellement tous les autres, comme le premier des commandements contient les neuf qui le suivent. Dans le langage classique, la sagesse est la modération, la retenue inspirée par la raison.

Mais, à l'époque où vivait Salomon, le sens de ce mot avait aux yeux des Israélites une tout autre étendue. De même que V Orateur de Gicéron, dans le livre qui porte ce titre , doit être à la fois un philosophe, un homme d'Etat, un grammairien, un esprit et une intelligence à qui nulle science, nulle vertu morale n'est étrangère, réunissant à la fois toutes les grâces du corps et de l'esprit ; de même l'homme sage, dans les temps de Salomon, était l'homme complet, aussi parfait qu'une créature humaine peut l'être. L'action devait égaler le conseil. Un sage devait connaître les choses divines et humaines, les règles de la vie privée et publique, la guerre , la politique , le gouvernement des peuples , l'économie politique et sociale dans les limites de l'époque, les lois, la justice, et surtout le cœur humain. Il devait avoir l'intelligence, le coup d'œil, le génie de la divination ; réunir sous sa main toutes les richesses, comme dans son intelligence toutes les sciences. Il était architecte, naturaliste, artiste,

poète, écrivain, soldat, éminemment bon justicier, capable de conquérir à la fois la gloire, la renommée et en même temps faire régner autour de lui l'abondance et la paix. Il devait être pieux comme un prophète , noble comme un conquérant , généreux comme une providence de Dieu. Il devait connaître les moyens de faire venir à lui les trésors de la terre et de mériter les trésors du ciel , non pour les garder pour lui - même , mais pour les dispenser et les répandre partout.

Voilà la Sagesse par excellence , telle qu'elle apparut de longues années dans Salomon. Cependant, de son temps et avant comme après lui, on pouvait mériter le nom de sage à meilleur compte, comme au temps de Gicéron, avant et après cet insigne orateur, on pouvait mériter le nom d'orateur sans résumer en soi toutes les qualités, les sciences, les habiletés, les vertus que possède l'orateur par excellence.

En Israël , les sages formaient un ordre et avaient un rang dans l'État. Ces sages n'étaient pas seulement hommes de méditation : à l'occasion , ils devenaient hommes d'action. Ils raisonnaient bien de toutes choses; mais ils agissaient mieux encore et passaient avec avantage de la pensée à l'œuvre. La Bible, en racontant la vie de Salomon, a en vue de tracer le portrait du vrai sage. Ce qu'elle nous dit de ses actes et de ses écrits peut nous donner une idée de ce que l'on comprenait sous le nom de sagesse * .

* Quatre sages , au temps de Salomon , se distinguaient entre tous les autres par l'éclat de leur réputation et l'étendue de leurs connaissances. (III Reg. IV, 31.) Ethan l'Ezrahite était un poète et un musicien consommé, un chef de chœurs fameux en Israël. (I Parai.

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