CHANT QUATRIÈME
L'attente impatiente. — La Sulamite méconnue et maltraitée. — Portrait de l'époux. — Bonheur de se retrouver.
EXPOSITION
Comme le deuxième chant, le quatrième s'ouvre par un soliloque de l'épouse , où elle fait le récit de ce qui lui est arrivé pendant la nuit. Pour lier ce récit au chant précédent, Bossuet suppose que l'époux, au soir du troisième jour, s'était attardé, avec ses amis, dans les jardins où se célébrait la noce. La Sulamite raconte que pendant ce temps elle s'endormit, bien que l'amour tînt son cœur éveillé. Bientôt le berger arrive : au premier coup qu'il frappe, son amie l'entend; mais, parce qu'il a tardé à revenir, elle tarde à son tour à lui ouvrir. Comme pour se venger de cette petite humiliation, l'époux s'enfuit. Ces semblants de reproches muets et mutuels , ces légers nuages entre deux cœurs qui se ché-
i;22 LES ECRITS DE SALOMON
rissent n'ont rien de grave sans doute , et même on dit que Tamour vit de ces aimables querelles; qu'elles sont une occasion aux époux de se découvrir leur tendresse. Nous ne voudrions pas y contredire, s'il s'agissait des unions de la terre ; mais il ne faut jamais faire attendre Dieu. La grâce passe outre, comme dit Bossuet, et bien qu'elle se retrouve, entre la résistance et le rapprochement il y a souvent bien des regrets, des malheurs et des larmes. C'est le cas de la Sulamite. Saint Augustin a dit : « Craignez Jésus qui passe et qui ne revient plus ^ . »
La suite du récit nous peint l'épouse obligée non plus seulement à se lever un instant, mais à sortir pendant une nuit humide, à s'exposer aux hasards, aux dangers des ténèbres. Pour rencontrer le bienaimé, la voilà donc qui erre le long des murailles de la cité. L'époux avait pourtant promis, comme nous l'avons remarqué, de ne plus se faire chercher; mais pourquoi, sous de vains prétextes, l'at-elle fait attendre à la porte, lorsque ses vêtements et ses cheveux étaient ruisselants de rosée ?
Si l'on s'étonnait , à tort sans doute , puisque nous sommes en pleine fiction et que de plus cette fiction est allégorique; si Ton s'étonnait de ces courses répétées pendant la nuit de la part d'une jeune femme timide , saint Chrysostome répondrait : « L'amour ne raisonne pas quand il s'agit de retrouver l'objet aimé ; il va où le désir l'entraîne , il suit plus son cœur que sa raison '. »
L'épouse s'expose aux mêmes inconvénients et
' Time Jesum transeuntem et non revertentem. {Solil.) ^ Serm. CXLV : Amor ratione caret, et vadit quo ducitur, non quo debeat.