II. — Le Christ et la nature humaine
Nous avons dit plus haut comment et dans quelles proportions la louange de l'époux est applicable à Jésus-Christ. Nous le répétons ici, on ne doit point rechercher jusque dans les détails des rapports entre le mystère de l'Incarnation et l'épisode des deux derniers chants. Le parallélisme n'existe que dans les grandes lignes et comme de loin; ce qui n'a pas empêché les saints d'y puiser, dans ces limites, matière à une haute édification.
Jésus, par ses charmes divins, a enivré les âmes saintes. Elles l'ont aimé assurément plus que les héroïnes de l'amour terrestre n'ont aimé leurs époux.
Les hommes épris da siècle ne soupçonnent pas un ordre d'afl'ection , très réel cependant , dans lequel l'amour de Dieu, l'amour du Verbe incarné, l'amour de Jésus, devient le principe de transports et de délices incomparables dans l'âme humaine. L'amour a pour mesure la grandeur des sacrifices qu'un cœur est capable de lui faire. Epouser une jeune fille sans fortune , se condamner pour elle à un travail ingrat, se dépouiller de son propre bien, renoncer à la patrie, s'exposer à la mort, sont assurément de grands témoignages d'amour, et ils sont rares ceux qui poussent l'amour jusque-là : notre siècle est trop calculateur, et les cœurs trop égoïstes pour s'élever à un si haut dévouement.