CHAPITRE Xli o
Cependant il j a un sacrifice plus grand encore , qui s'accomplit presque tous les jours sous nos yeux pour l'amour de Jésus : ce sont ces jeunes gens , ces jeunes filles, à qui le monde promettait tous les bonheurs, et qui renoncent non seulement à toutes les jouissances de la terre, mais même à leur propre volonté, et trouvent dans leur renoncement une paix et un charme que le temps augmente et ne détruit pas. La jeune fille devient sœur de Charité, et le jeune homme missionnaire; l'une mourra de la fièvre jaune dans les hôpitaux de Panama et de la Colombie, ou de la peste dans ceux de Mossoul et de Bagdad ; l'autre partira pour la Chine , où il mourra empalé ou crucifié, le sourire sur les lèvres. « 0 Christ! disait Montalembert , quels sont donc tes charmes secrets qui arrachent nos fils et nos filles à la douceur de nos foyers, à nos tendres affections, aux fêtes où nous les conduisons, fiers de leur jeunesse et de leurs succès , aux unions brillantes que nous leur préparions? »
Les charmes du Christ sont, pour les âmes généreuses, les délices de l'Eucharistie, l'âpre attrait de son sacrifice sanglant, son amour pour les hommes, à qui il a apporté la vérité, la paix, la justice et le salut éternel. Bossuet le dira mieux que nous ne le saurions dire :
« Jésus, dit- il dans sa hardiesse géniale, est un capitaine Sauveur, qui sauve les peuples parce qu'il les dompte; et il les dompte en mourant pour eux. Il n'emploie ni le fer ni le feu pour les subjuguer : il combat par amour, il combat par des bienfaits, par des attraits tout-puissants, par des charmes invincibles. Quels sont ces charmes invincibles? Quelle est cette mystérieuse beauté? L'admirable
saint Augustin nous l'apprend : Pour moi, dit-il, quelque part où je voie mon Sauveur, sa beauté me semble charmante. Il est beau dans le sein du Père, il est beau sortant du sein de sa mère, il est beau égal à Dieu, il est beau égal aux hommes, il est beau dans ses miracles, il est beau dans ses souffrances, il est beau méprisant la mort, il est beau promettant la vie, il est beau descendant aux enfers, il est beau montant aux cieux ; partout il est digne d'admiration.
« Oui , continue Bossuet , partout mon Jésus est beau, et partout il triomphe. Quoique ces membres cruellement déchirés et cette pauvre chair écorchée fassent presque soulever le cœur, quoique tous les linéaments de son visage soient effacés, dans ces yeux meurtris , dans cette face qui fait horreur, dans cet homme sans apparence humaine cloué sur une croix, je découvre des traits d'une incomparable beauté. La véritable beauté de mon Maître ne lui peut être ravie : non, ces cruelles meurtrissures n'ont pas défiguré ce visage; elles l'ont embelli à mes yeux; ses blessures sont mes délices. Je prends ma croix, je la baise, je l'arrose de mes larmes. Je le sens, l'amour que mon Roi Sauveur a pour moi, qui a ouvert toutes ses plaies, y a répandu cet éclat de beauté qui transporte les âmes fidèles , à ce point qu'elles y veulent demeurer toujours attachées, que ce leur est un supplice de les arracher à cet aimable objet, qu'elles ne veulent plus respirer autre chose que leur cher Jésus crucifié : Jesum Chrislum, et hune cracL/ixum K ))
y Sermon pour la Circoncision, Excellence du nom de Jésug, i*-^»' point.