JUGEMENT DE SALOMON — LA VRAIE MERE
L'auteur inspiré du livre des Rois place immédiatement après le récit de la vision celui du fameux jugement de Salomon, soit que ce fût dans les jours qui suivirent que Salomon eut à juger la contestation des deux mères, soit que l'auteur sacré ait voulu donner tout de suite un témoignage éclatant de la sagesse dont Dieu avait fait don à Salomon ; soit , et mieux encore, pour les deux raisons à la fois.
Un devoir dont les bons rois se sont toujours montrés très soucieux, a été de prendre connaissance par eux-mêmes des affaires de leurs sujets et particulièrement des procès. Ce n'est pas ici le lieu de rappeler le souvenir de saint Louis rendant la justice sous le chêne légendaire de Vincennes. Lorsque l'exercice de la justice n'avait point toutes les garanties d'aujourd'hui, lorsque les Etats étaient petits, que les populations étaient plus simples et la bonne foi plus ordinaire, c'est-à-dire lorsque les procès étaient plus rares , ce n'était pas seulement les causes majeures qui étaient dévolues au roi, mais les plus humbles de ses sujets tenaient infiniment à lui faire juger leurs causes : sa justice , à l'abri de toute partialité, leur paraissait la justice même de Dieu. Tandis que les simples juges siégeaient aux portes
des villes * , les rois siégeaient dans leurs palais , dont les portes n'étaient fermées à personnel
Voici l'histoire du fameux jugement de Salomon, d'après les saintes Ecritures :
Deux femmes^ se présentèrent devant Salomon. L'une d'elles exposa ainsi l'objet de sa plainte : « Cette femme et moi nous habitons la même demeure , personne n'a pu être témoin des faits qui se sont passés. Mères toutes deux à trois jours d'intervalle, nous allaitions chacune notre enfant. La nuit dernière, pendant son sommeil , cette femme, s'étendant sur son enfant, eut le malheur de l'étouffer. Elle se leva silencieusement, s'approcha de mon lit, et, profitant de mon sommeil, elle prit mon enfant et mit à sa place le cadavre de son fils. Au matin , je me préparais à allaiter mon enfant ; quelle fut ma douleur en voyant celui que j'estimais mon fils mort à mes côtés ! Cependant je le contemplai avec plus d'attention à la lumière du jour, et je reconnus qu'il n'était pas mon fils, celui que j'avais enfanté. »
A ce récit, l'autre femme s'écria: « Non, non, tu mens; ton fils est bien mort, le mien est vivant. — C'est toi qui mens , répliqua la première ; voilà mon enfant plein de vie; c'est le mien. » Et elles se disputaient ainsi devant le roi. Aucun témoin ne pouvait éclaircir la difficulté , tous les regards étaient fixés sur le monarque.
Salomon, s'adressant à l'un de ses officiers: « Qu'on
* Gen. XXIII, 10. Ruth iv. Am. v, 10, 15.
^ II Reg. XV, 2. Absalom, voulant se substituer à David, se plaçait aux portes du palais pour juger les contestations entre Israélites.
3 La Vulgate les appelle meretrices, l'hébreu maT, Zonot. Dom Galmet pense qu'il s'agit ici de deux femmes faisant métier de loger les étrangers. y^^ ^^