‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 312 sur 339 · CHAPITRE XIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIT

C'est là ce qui arriva aux deux époux, qui marchaient ensemble la main dans la main et les deux cœurs vibrant d'un tendre sentiment. Le pommier leur rappelle la tristesse et les désespoirs d'une mère surprise par l'enfantement et une subite détresse. Il évoque aussi le souvenir de leurs premiers amours : cet arbre prêta son ombre à leurs noces ; arbre mystérieux et allégorique, selon les Pères, rappelant à la fois la chute originelle et la rédemption.

En présence de ces souvenirs, la Sulamite s'appuie sur le sein de son époux : « Oh! place -moi, lui dit -elle , comme un cachet sur ton cœur, comme un cachet sur ton bras. »

Le poème finit ici. Salomon a terminé son chant. Il y mettra une conclusion. Ce n'est plus le peintre et le chantre de la création qui nous ravit par ses gracieux tableaux : c'est le moraliste qui laisse tomber une solennelle parole. P]lle se détache du poème entier, comme le fruit de l'arbre qui l'a nourri. L'auteur des Proverbes et de l'Ecclésiaste se retrouve avec ses flères sentences. « L'amour, dit Salomon, est fort comme la mort, inflexible comme le tombeau. Ses traits sont des flèches, des flèches du feu de Jéhovah. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger. »

Puis , opposant aux amours intéressés et égoïstes l'amour vrai et généreux du Cantique des cantiques, le moraliste, qui se retrouve, termine par une pensée qui pourrait prendre place au livre des Proverbes : « Quand l'homme achète l'amour avec l'argent, il se couvre de honte. »

Il existe , en effet , deux amours : l'amour sensuel et vénal, et l'amour dont la tendresse ne laisse de place ni au calcul ni aux entraînements coupables.

Ces maximes éclairent le poème tout entier ; poème oii Ton a peint l'amour pur, l'amour vrai, pour détourner de l'autre. Que le lecteur ne s'y méprenne donc pas : c'est l'amour de Dieu que chante le Cantique des cantiques, l'amour qui ne trompe pas, oii l'objet aimé est toujours supérieur à l'amour et à la louange qu'on lui donne ; l'amour vivifié par la pauvreté libre et le sacrifice , l'amour enraciné dans la haine vigoureuse de tout ce qui est mensonge ou bassesse; l'amour de Dieu en un mot, et seulement l'amour de Dieu, et tout amour qui en dérive. Non, non, le Cantique des cantiques n'est ni un poème de l'amour charnel, comme le voulait Châtillon, ni celui de l'amour purement terrestre, comme le voulait Herder; c'est le poème de l'amour divin, de l'amour que la mort ne brise pas et du feu que les eaux n'éteignent pas.

C'est donc avec une haute raison que les Pères ont considéré les versets 6 et 7 comme la conclusion et la morale du Cantique des cantiques. Ces versets en sont le dernier et superbe mot. L'on ne sait vraiment pourquoi les nouveaux critiques se glorifient d'avoir découvert cette conclusion. Corneille Lapierre appelle positivement les versets 6 et 7 : clausula et finis Cantici, et il déclare qu'ils renferment la grande leçon du Cantique.

' Ces deux versets sont suivis de six autres qui ont fort embarrassé les commentateurs ^ Pour les expli-

^ Voici ces derniers versets :

8. « Notre petite sœur n'a pas encore l'âge nubile. Que feronsnous à notre sœur, le jour où on la recherchera?

9. <( Si c'est un mur, faisons-lui des créneaux d'argent; si c'est une porte, faisons -lui des panneaux de cèdre.

10. « J'ai été un mur; mes seins ont été des tours; dès lors je suis à ses yeux comme celle qui trouve le repos.

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