III. — Le Christ et l'Eglise
Au cinquième chant les commentateurs font correspondre le cinquième âge de l'Église. Dans le chant précédent, elle est représentée comme éprouvée et souffrante. Ici nous la voyons, après avoir traversé heureusement des crises redoutables, poursuivant le cours de ses destinées, et comme illuminée déjà des rayons de la gloire immortelle. Elle n'est pas encore l'Eglise triomphante; mais, à l'éclat qui l'environne, on s'aperçoit qu'elle est l'Eglise qui triomphera. C'est le temps oîi fleurirent les docteurs grecs et latins ; c'est le temps des grands pontifes , des conciles, des saints rois, des ordres religieux. Ainsi défendue, l'Eglise apparaît justement comme une armée rangée en bataille ^
Toutefois l'Eglise, en ce moment de force et de gloire, se rappelle son passé: la naissance de Jésus, l'abri où il naquit, les sanglantes persécutions et toutes les épreuves qu'elle-même a traversées. On aime, quand on a surmonté l'épreuve, à en rappeler les duretés. A l'épouse arrivée à l'épanouis-
^ Vie de sainte Thérèse, c. xxvni, citée par le P. Saint-Jure, De la Connaissance et de l'amour de Jésus- Christ, 1. 1, c. vi. ^ Cornélius a Lapide.
sèment de sa beauté, c'est-à-dire à l'Eglise dans ses triomphes , le Christ rappelle l'arbre de l'Eden , l'arbre de la chute, auquel il a substitué celui de la rédemption, l'arbre du Golgotha: « Yoilà, dit Jésus- Christ à son Eglise , l'arbre à l'ombre duquel tu naquis. » Voilà l'arbre de la croix, sur lequel l'Eglise vit le jour. En crucifiant le Messie, la Synagogue, mère en un sens de l'Eglise, donna, disent les Pères, le jour à l'Epouse du Christ. Alors, ajoute saint Grégoire traduisant la Vulgate qui porte : « C'est là que fut corrompue ta mère, » alors la Synagogue, en attachant le Christ au bois de la croix, fut corrompue par un crime abominable et en même temps donna une Epouse au Sauveur.
Saint Paul a appliqué à l'amour du Christ pour l'Eglise les dernières paroles du Cantique : « L'amour est fort comme la mort. » Ne pensait-il pas en effet à ces paroles lorsqu'il a écrit : « Le Christ a aimé l'Église son Epouse, et a sacrifié sa vie pour elle? »
D'un autre côté, dit Bossuet, l'amour de l'Eglise pour l'Époux fut fort comme la mort et inébranlable comme l'enfer. Toute l'histoire de l'Eglise en est la preuve. Quatre siècles de persécutions firent couler comme de grands fleuves de sang, et ces fleuves n'éteignirent point l'amour réciproque du Christ et de l'Église.