ÉPILOGUE
excellent pour l'humanité. Dans une mystérieuse allégorie, sous la figure d'un berger et d'une bergère, il représente Jéhovah recherchant amoureuse-, ment Israël, et Israël correspondant à cette affection. Il célèbre l'amour réciproque du Christ et de l'Église, un amour que Salomon n'a qu'entrevu de son regard profond, mais que nous, après dix-huit siècles de christianisme, nous connaissons dans ses mystères et son excellence.
Voilà ce que, à la suite des siècles chrétiens, nous avons vu et reconnu dans la vie et les écrits de Salomon. La philosophie, la théologie , l'histoire, la piété , se meuvent à l'aise dans cette large et magnifique interprétation .
Et cependant nous sentons avec une mélancolie profonde que nos contemporains n'accepteront guère la page d'histoire que nous aurions voulu, dans notre livre, écrire en traits de lumière. Pourquoi? Hélas ! le matérialisme et , à sa suite , une aversion d'enfant pour tout ce qui est au-dessus et au-dessous de ce monde sensible, lequel cependant n'est pas et ne peut être tout, ont envahi le monde. Depuis trop longtemps on se détourne du christianisme à cause de ses miracles , comme si le miracle , avec un Dieu tout-puissant et libre, était impossible; on s'en fait un fantôme ^ Le miracle, qui n'est pourtant que l'acte de Dieu agissant quand il le veut, en dehors des lois de la nature, une rare exception à sa solennelle régularité , est néanmoins représenté comme le bouleversement de l'univers, comme la négation absolue des lois de l'histoire, un atten-.
* V. notre étude sur le miracle dans notre ouvrage les Évangiles et la critique au XIX^ siècle, 3^, 4®, 5^ et 6^ leçon.
tat contre la sécurité et la tranquillité humaine î Quant à la réalité historique du miracle, qui peut la nier? L'établissement du christianisme, la vie, la mort et la résurrection du Christ, ne sont -ils pas des faits historiquement certains et les plus grands miracles ?
La foi dans un Dieu personnel, Sagesse et Providence, s'est graduellement obscurcie aux yeux de nos contemporains. Où cette foi en Dieu n'est pas totalement absente, elle languit. A mesure que la science découvre plus manifestement la grandeur, la beauté , l'unité , la simplicité du monde sensible , cette œuvre de Dieu, on croit moins à l'intelligence de l'Ouvrier. On ne conçoit plus qu'une idée affaiblie de Dieu , de son Verbe , de son Christ. Cette foi atténuée est une base trop mince pour porter le magnifique édifice doctrinal de la Sagesse salomonienne.
Non seulement on ne sent plus rien au fond de l'âme du ressort de l'amour de Dieu, mais on n'est pas loin de soutenir et de croire que ce ressort puissant dont on manque n'existe nulle part, ni dans l'histoire du passé, ni dans le présent. Le présent a respiré trop longtemps une philosophie délétère ; la foi de tous n'est pas morte, mais la foi de tous a été atteinte. Cette incrédulité éloignera ses adeptes de l'intelligence de notre livre.
Il est une seconde raison pour laquelle on ne lira pas notre étude sur Salomon : l'état social d'aujourd'hui. L'amour passionné de Dieu ne correspond pas plus aux mœurs qu'au courant des idées. Dans ce siècle finissant presque sans gloire, quand on aime encore, on aime ailleurs. Un vaporeux idéal plaît encore aux artistes : mais qui aime l'idéal par excellence , l'idéal vivant , Dieu ? On aime le bien-