‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 33 sur 339 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

c'est pour cela qu'elle s'attarde à rappeler et à décrire tous les détails du jugement. Nous verrons la même préoccupation d'établir et de prouver la sagesse de Salomon dans le récit des autres faits de sa vie.

Sur ces pages consacrées à célébrer la grandeur de Salomon, l'impiété a laissé tomber, comme une bave impure, tous ses dénigrements. A quel mobile obéit et quel profit vise M. Renan quand il dénature les plus belles pages de nos saints livres, pages d'une sincérité qui s'impose et d'un incomparable attrait?

Nous livrons le texte même qui contient la falsification et le travestissement de la Bible : le lecteur ne voudrait pas croire que la manie d'innover dans l'impiété pût aller si loin.

« La légende voulut qu'en songe, à Gabaon, Salomon, ayant le choix des dons les plus rares, eût demandé à Jahvé la hokma, mot que l'on a l'habitude de traduire par « sagesse ». Il ne faut pas s'y méprendre. La hokma dont il s'agit ici, c'est l'habileté politique, l'art de gouverner selon les idées d'Orient. C'est parce que Salomon est un hakam qu'il sait trouver un prétexte pour tuer Joab et tourner le serment prêté à Sémeï. Une sorte d'escobarderie politique était tenue alors pour le comble de l'intelligence. Salomon n'avait pas besoin, pour l'acquisition de ce don, d'une faveur divine particulière. Les instructions que son père lui donna en mourant étaient bien l'idéal de ce que Jahvé fut censé lui avoir révélé ! . . . Réduites en maximes générales et commentées par la façon dont Salomon les exécute, les instructions de David sont le code de l'absolutisme théocratique le plus épouvantable. La manière dont les meurtres d'Adonias, de Joab,

de Sémeï, sont expliqués, suppose que ce qui réussit est le bien. La cause que Jahvé aime est la cause juste ; il la fait juste en Faimant. Le droit abstrait n'existe pas ; il n'y a pas de victimes dans le monde : celui qui est tué a tué. Sémeï, qui s'est trompé de parti et qui a eu des torts envers celui de Jahvé, est un coupable. Le hattâ, le pécheur, est le disgracié , celui à qui les événements donnent tort , « celui qui sent mauvais aux narines de Jahvé ^ » M. Renan, qui prend volontiers les airs d'un homme calme jusqu'à l'indifférence , d'un érudit sensé et bien informé; M. Renan, qui met au-dessus de tout la grâce du littérateur et la finesse du critique, se montre ici haineux, ennemi du vrai, frivole, injuste à la manière de Voltaire, et, en outre, le lecteur sera de notre avis, d'un parfait mauvais goût.

* Hist. du peuple d'Israël, t. II, p. 107.

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