CHAPITRE VI
SALOMON s'affermit SUR LE TRONE — ACTES DE SÉVÉRITÉ
La gloire de Salomon, au point de vue où se place la sainte Ecriture, est, nous l'avons dit, sa sagesse, et l'auteur sacré laisse partout percer la préoccupation de justifier par les faits cette sagesse proverbiale. A la sagesse judiciaire viendra se joindre, en Salomon, la sagesse politique. Il apparaîtra sage à tous les titres , comme administrateur , comme architecte, comme savant, comme moraliste, comme écrivain et poète. En un mot, Salomon réunit en lui tous les éléments de la Sagesse au sens antique.
Dans ce chapitre, nous verrons à la fois la prudence et l'habileté avec lesquelles il écarta les graves embarras du début de son gouvernement, et comment il sut, par des sévérités justifiées, commander la crainte et le respect à ses ennemis.
Malgré les circonstances favorables au milieu desquelles le jeune roi montait sur le trône, plus d'un symptôme d'hostilité, à l'intérieur comme à l'extérieur, lui conseillait une grande circonspection et quelque défiance.
David mourant avait signalé les nuages qui flottaient dans un ciel en apparence serein. Il ne s'était pas ému pour lui-même des retours d'hostilité dont il avait jadis si complètement triomphé. Qu'avait- il
à craindre ? Il était assez fort pour laisser vivre ses ennemis et donner cours à la clémence de son âme généreuse. Mais son fils pouvait- il en faire autant? David n'ignorait pas que le successeur qu'il avait choisi trouverait des ennemis entreprenants dans sa propre maison, à l'armée, dans les rangs du sacerdoce. Salomon, jeune, aimable, généreux, semblant presque uniquement occupé de plaire et d'enlever les suffrages, était plus admiré que redouté. Cependant l'envie, la jalousie, grandissaient dans l'ombre. Salomon était trop clairvoyant pour ne pas s'en apercevoir. Les agents de la conspiration ourdie contre son élévation au trône étaient toujours là, l'épiant et formant un parti puissant qui, un jour donné, pouvait devenir redoutable. Que ferait Salomon? Gomment sortirait-il d'une situation qui fatalement s'aggraverait avec le temps? Les ménagements envers les ennemis ne seraient -ils pas considérés, ainsi qu'il arrive souvent en Orient, comme l'indice de la crainte et de la faiblesse ?
L'Ecriture montre avec complaisance la sagesse que Salomon manifesta en cette occurrence mémorable. Il sut attendre pour frapper. Le simple récit des faits justifiera, nous l'espérons, le père conseillant sur son lit de mort de faire périr l'assassin Joab , et de châtier comme il le méritait Séméi, le lâche insulteur. Le lecteur comprendra pourquoi Salomon se décida à inaugurer son règne non point, comme chez nous, par des amnisties souvent compromettantes et vaines, mais par des sévérités dont l'ajournement ne fut dans sa pensée qu'un moyen d'assurer et de légitimer mieux la justice.
David , avant de mourir , avait prononcé ces graves paroles : « Mon fils, voici que je vais entrer dans la