‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 331 sur 339 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

n'importe à quel degré, manquaient de contrôle et de frein , il arrivait que Tâme éprouvait un insupportable malaise. Elle avait besoin d'aimer en dehors de la terre, où souvent tout lui faisait défaut à la fois. Alors, par un besoin irrésistible, elle s'élevait jusqu'au Dieu de l'Evangile, protecteur des petits, consolateur des affligés, d'une bonté absolument compatissante pour tous. On aimait Dieu, on connaissait l'amour céleste, l'amour de l'Epouse du Cantique des cantiques pour le Bien -Aimé, consolateur tout-puissant, juste, magnifique, de celui qui espérait en lui et ne pouvait espérer qu'en lui.

Autrefois, quand les armées étrangères, surtout les impôts, le passage redouté des hommes de guerre, décourageaient le travail et l'épargne , on aimait au delà de la vie, au delà des étroites limites et des rares bonheurs de la terre. Et cet amour puisait dans l'iniquité du sort terrestre un élan, une vivacité que nous ne connaissons plus. On avait besoin de croire en un Dieu juste, qui redresserait un jour l'injustice du monde, en un Dieu qui récompenserait la vertu. On l'aimait : on ne trouvait pas alors exagérée la peinture de l'amour de Dieu tel que Salomon l'avait chanté. C'était souvent dans les âmes d'élite une passion, un délire dont on pouvait dire : L'amour est plus fort que la mort.

C'est à cet ordre de considérations que nous éprouvons le besoin de rappeler le lecteur.

A ceux qui nous diraient : Jamais l'amour de l'invisible, de l'idéal intangible, jamais l'amour de Dieu, si grand , si généreux , si consolateur qu'on le suppose , n'a pu s'élever chez l'homme à la passion de l'amour du Cantique ; à celui qui nous tiendrait ce langage nous répondrions : Lisez l'histoire de tous les saints :

f)72 LES ECRITS DE SALOMON

ils ne sont devenus ce qu'ils ont été qu'en poussant l'amour de Dieu jusqu'à des profondeurs et des hauteurs incomparables. Voyez comment ils ont prouvé la réalité de cet amour par leur vie,^ qu'on pourrait avec saint Paul appeler folie, la folie de l'amour de Dieu, folie selon le monde qui passe et qui rit, sagesse incomparable en présence de l'éternité qui juge et qui demeure, disait Bourdaloue. Lisez leurs écrits, lisez les Actes des martyrs, lisez les témoignages de cet amour tel que les saints l'ont senti, éprouvé et décrit.

« 0 souverain Créateur , mon Dieu et mes délices, dit sainte Thérèse, jusques à quand vivrai -je ainsi dans l'attente de vous voir un jour? Quel remède donnez-vous à celle qui n'en trouve point sur la terre, et qui ne peut prendre aucun repos qu'en vous seul? 0 vie longue, vie pénible, vie qui n'est point une vie. 0 solitude profonde ! ô mal sans remède! Jusques à quand. Seigneur, jusques à quand? Que ferai-je? Désirerai -je , ô mon bien, de ne pas vous désirer? O mon Dieu, vous nous blessez par les traits de votre amour et ne nous guérissez point; vous donnez la mort sans ôter la vie. 0 mort, ô mort, je ne sais qui te peut craindre, puisque c'est dans toi que nous trouvons la vie. 0 véritable amant de mon âme, qu'elles sont profondes les blessures que vous faites avec les flèches de votre amour, pénibles et agréables tout ensemble ! Elle a raison , l'Epouse du Cantique , de s'écrier : Mon bien-aimé est à moi , et je suis à mon bien-aimé ! Car c'est vous , ô mon Dieu , qui commencez de m'aimer et d'être à moi; c'est vous, mon véritable amant , qui commencez cette guerre toute d'amour. Mon bien-aimé est à moi, et je suis à mon

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