‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 35 sur 339 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

voie de la mort réservée à toute créature : ayez du cœur, soyez homme , n'oubliez point Jéhovah ni les préceptes qu'il nous a donnés par Moïse son serviteur. En les suivant, la sagesse présidera à toutes vos actions, et votre trône sera éternel. Vous savez, mon fils, quelle a été la conduite de Joab à mon égard ; vous savez qu'il a tué Abner et Amasa avec la plus infâme perfidie. Même en temps de paix, il s'est souillé de sang depuis les pieds jusqu'à la ceinture. Ne laissez point ses cheveux blancs descendre tranquilles au tombeau. Il reste Séméi, le fils de Géra, qui m'accabla d'outrages à Bahurim. Vous savez que, pour échapper à la punition, il se présenta le premier à ma rencontre quand, revenant à Jérusalem, je passai le Jourdain. Je lui jurai alors de ne pas le faire mourir ; j'ai tenu ma promesse. Pour vous, ne laissez point sa faute dans l'oubli; traitez -le selon votre sagesse ^ »

David n'avait , dans ces dernières paroles , désigné que deux hommes à la justice vengeresse de Salomon. Mais la portée de son discours allait plus loin. Ces mots : « Ayez du cœur , soyez homme , » visaient tout entière la situation où se trouvait Salomon, qui allait gouverner en face de tout un parti dangereux.

Il ne faut pas méconnaître ici les habitudes et les mœurs d'Orient. Nous sommes en présence des vengeances terribles que les pères lèguent souvent comme une charge obligatoire à leurs enfants. Avant Jésus -Christ, avant les miséricordes, les pardons, les satisfactions que le Christ a apportés sur la terre, la répression des fautes avait un caractère souvent inexorable. Chez tous les peuples anciens,

* inReg. ii,i-ll.

en Israël comme partout, les satisfactions dues à la justice s'imposaient. Un crime avait -il été commis , il fallait qu'il fût expié. «. Dent pour dent, œil pour œil, » c'était le temps du talion.

Les peuples pensaient que la justice divine était offensée par l'impunité des crimes, et que cette impunité portait malheur. Les crimes inexpiés ^ inulta scelera, déchaînaient les plus cruelles calamités, les guerres, les pestes. Sans sortir de la sainte Ecriture, est-ce que les Gabaonites ne rappelèrent pas à David les cruautés de Saûl à leur égard, cruautés qui n'avaient pas été vengées et portaient malheur à Israël? Le Deutéronome semble lui-même favoriser cette manière de voir et consacrer le principe que toute faute doit être punie. Il fallait expier même ce que David appelle les péchés ignorés^. Conformément à cette doctrine, David pouvait ajourner à sa mort la punition de Séméi et de Joab ^ ; mais , d'après les lois juives, Salomon était obligé à reprendre la poursuite des coupables. La mort de David remet-

* Delicta juventutis mese et ignorantias meas ne memineris, Domine (Ps. XXIV, 7). Il faut, croyons-nous, regarder ces ignorances comme péchés matériels.

^ Le principe de la justice en Israël était : Le châtiment doit balancer le crime : « Gomme l'homme a fait, ainsi il lui sera fait. » (Lev. XXIV, -19.) — Si un crime même involontaire était commis en Israël , le meurtrier demeurait à la merci du plus proche parent de la victime, appelé nin bxi , Goel Had-dam, vengeur du sang, s'il ne demeurait dans une des six villes de refuge jusqu'à la mort du grand prêtre en fonction. « Cette vengeance du sang, dit M. Munk, était considérée comme un devoir chez les Hébreux , comme elle l'est encore aujourd'hui chez les Arabes et chez plusieurs autres peuples de l'Orient. Le parent qui aurait manqué à ce devoir eût été considéré comme un homme sans honneur. Une loi directe contre le droit du Goel aurait eu le rnême sort qu'ont généralement chez nous les lois contre le duel. » (Munk, Palestine, p. 217.) Cf. Pierotti, la Palestine actuelle, pp. 297 et suiv.

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