‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 36 sur 339 · CHAPITRE Yl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yl

tait Adonias , Joab et Séméi entre les mains de Salomon : avec leurs fautes tout entières , ils retombaient sous les coups de la justice et de ses sévérités inexorables. Tel était le sens des dernières paroles de David, laissant son fils libre aussi d'ajourner la punition , mais non de pardonner dans le vrai sens du mot.

. Adonias, qui avait conjuré dans l'ombre contre les volontés connues de son père et contre Salomon, son frère, dont la mort aurait été, suivant les mœurs orientales , la conséquence certaine du succès de l'intrigue ^ , Adonias n'avait point été nommé et ne pouvait l'être. Un père comme David détournait les yeux de la situation que faisait à Adonias, dans le nouveau règne, la faute si grave qu'il avait commise; il répugnait à signaler les dangers que le parti d'Adonias et Adonias lui-même créaient à Salomon. Les ambitions mal éteintes de son frère, les entreprises à craindre de la part des grands qui s'étaient compromis, tout cela faisait dire à David parlant à son fils menacé : « Ayez du cœur, soyez homme. »

Tout autre eût été la situation si Adonias, laissé libre, avait compris l'effacement dans lequel il devait vivre désormais , s'il avait reconnu toute l'étendue de sa faute, s'il s'était résigné sans arrièrepensée au sort qu'il s'était fait lui-même , s'il s'était nettement séparé de ses complices d'autrefois. Salomon eût pu , il eût dû le laisser vivre et mener une existence sinon heureuse , du moins tranquille. Mais il n'en alla pas ainsi, et une dernière intrigue causa sa mort.

» m Reg. I, 12.

C'était sincèrement que Salomon avait promis de lui conserver la vie. Aucun cheveu ne devait tomber de sa tête; mais Adonias devait renoncer franchement à toute compétition et reconnaître désormais son frère pour son seigneur et maître. Salomon l'en avait formellement averti ^ .

Or, voilà qu'après la mort de David, cet insensé se laissa envahir de nouveau par des pensées ambitieuses. Conseillé, selon toute vraisemblance, par son parti% il fit une démarche tendant à rappeler, à signaler au peuple ses prétendus droits à la couronne. Il voulut épouser la dernière femme du roi son père, Abisag. C'était pure affaire d'amour, disait -il ; mais un monarque perspicace comme Salomon ne pouvait s'y laisser tromper : « Prendre possession du harem royal, dit M. Munk, est, en Orient, une des plus éclatantes manifestations de l'autorité souveraine; c'est par le fait se déclarer roi^. Ambitionner les épouses du monarque défunt, c'est ambitionner le trône ^. »

Voici le fait raconté par la sainte Ecriture. Adonias alla trouver Bethsabée pour l'intéresser à son malheureux sort. Il abandonnait, disait-il, le trône et les honneurs à Salomon ; mais , comme dédommage-

^ IIIReg. I, 52 et 53.

2 Théodoret. Cf. Bossuet, Polit, sacr., \. IV, a. i, 7^ p.

^ C'est ainsi qu'Absalom crut faire acte de souveraineté en entrant dans le harem de David (II Reg. xvi, 21 et 22). Le faux Smerdis s'empara dans le même but du harem de Cambyse (Hérod., 1. III, c. LXViii). Cf. II Reg. XII, 8. « Chez les Arabes, dit M. Lenormant, une veuve était considérée en quelque sorte comme partie intégrante de l'héritage du mari défunt. De là ces unions fréquentes entre beaux -fils et belles -mères, unions plus tard flétries sous le nom de « mariages odieux ». {Hist. anc, t. V, p. 426.)

* Palestine, p. 285.

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