CHAPITRE VIII
Pharan. Là ils eurent la chance de rencontrer des guides sûrs pour les conduire en Egypte.
L'Egypte alors, comme nous l'avons dit, n'était pas encore l'alliée d'Israël. Elle nourrissait même des sentiments d'hostilité contenue à son égard. Ce sont ces dispositions qui déterminèrent vraisemblablement le Pharaon à accueillir avec une faveur signalée le jeune fugitif ^ Il lui donna un palais, pourvut à ses dépenses et lui assigna les revenus d'un domaine. Il s'attacha au jeune homme et conçut pour lui une si grande affection, qu'il le maria à Taphnès, sœur de sa première femme. Génubath , le fils de cette union , fut élevé par sa tante, l'épouse du Pharaon, dans le palais du roi, avec les autres princes ^
La politique trouvait sa part dans ce mariage^ et le Pharaon avait en vue les services que Hadad pourrait rendre un jour au royaume dans le cas d'une guerre éventuelle avec Israël.
Le jeune Iduméen avait emporté dans sa fuite le souvenir des scènes du massacre de sa famille. Tant d'horreurs, dont il avait peut-être été le témoin, durent revenir souvent à son esprit dans sa demeure de Tanis. Si le simple exil produit une irritation qui altère souvent le caractère des proscrits et fait germer et grandir la haine dans un cœur naturellement
1 On voit dans les g-uerres de David contre Édom que les Égyptiens combattaient dans les rangs des Édomites , et que des liens de confiance existaient entre ces deux peuples. (I Parai. Xi, 21-24.)
2 III Reg. XI, 14-22. M. Lenormant {Hist. anc. de l'Orient, t. II, p. 339) pense que l'époux de Taphnès est Scheschonq I^r, de la XXIIe dynastie, le même qui aurait accueilli aussi plus tard à sa cour Jéroboam , et envahi , la cinquième année du règne de ce dernier, le royaume de Juda. M. Lenormant placerait alors la révolte de Hadad aux dernières années du règne de Salomon.
généreux, combien plus l'exil, après des scènes de sang, dans lesquelles le père, la mère, les frères, les amis ont été tour à tour frappés, doit exalter les sentiments de colère et de vengeance! On songe au fils d'Amilcar, Hannibal, jurant une haine éternelle aux Romains.
Or, plus de dix ans après sa fuite en Egypte, Hadad, ayant appris la mort de David et celle de Joab, le meurtrier de son aïeul, crut que l'heure si impatiemment attendue de la vengeance était venue pour lui. Il résolut de revoir le théâtre de mort auquel il avait été arraché, et de relever la fortune de ses malheureux compatriotes. Mais le temps et les intérêts avaient bien changé la manière de voir des Pharaons à l'égard d'Israël , et il n'entrait plus dans la politique de F Egypte de seconder de pareilles tentatives; les mauvais desseins qu'elle avait entretenus avaient fait place, pendant ce laps de temps, à une alliance très amicale. Loin d'aider Hadad dans ses projets, le Pharaon allait donc l'arrêter.
« Laissez -moi retourner dans mon pays, dit Hadad au Pharaon. — Que vous manque-t-il donc près de moi, répondit ce dernier, pour que vous pensiez retourner en la terre d^Edom? — Rien ne me manque, ô prince, répondit Hadad; mais je veux revoir ma patrie. Laissez -moi partir*. »
Hadad , n'obtenant point la permission de partir, pour le motif que nous venons de dire, s'évada. L'aventureux Iduméen gagna les montagnes de sa patrie et fut salué avec enthousiasme comme roi par le grand nombre des sujets de son père ^ Il se livra
' III Reg. XI, 14-22.
^ III Reg. XI, 25. La Vulgate porte : Regnavit in Syria, mais les