CHAPITRE VIII
à une suite d'entreprises qui n'eurent rien de décisif, car ridumée continua d'être soumise à Israël jusqu'au temps de Joram \ Mais il causa assurément de grands embarras à Salomon. Il était difficile de réduire ces « montagnards habitant les fentes des rochers ^ » et se réfugiant sur des pentes abruptes. Cachés dans les cavernes, ils préparaient des retours offensifs, des attaques ouvertes ou des surprises. Commandés comme ils l'étaient, ils voulaient à tout prix venger les défaites sanglantes que leur avait fait essuyer Joab. Salomon sut du moins les contenir chez eux et assurer la paix de ses frontières.
Au même moment, croyons-nous, de graves événements survenus dans les pays situés à l'extrême nord- est de la Palestine durent inquiéter davantage Salomon.
Un Araméen nommé Razon, officier important de cet Hadarézer, roi de Soba, dont David anéantit la puissance ^ , voyant , par les défaites successives de son maître, que la fortune abandonnait les Syriens, s'était éloigné d'un roi malheureux pour se mettre à la tête d'une troupe d'aventuriers avec lesquels il vivait de brigandages. La sainte Écriture , sans plus de détails , nous dit qu'il fut l'ennemi de Salomon tous les jours de sa vie. Mais ce fut surtout à la fin de son règne , et quand il eut abandonné les voies de la sagesse, que le roi d'Israël eut
Septante ont traduit par Édom. L'hébreu Aram (Syrie) ne diffère de Edom que par la permutation du i en t , permutation très fréquente en hébreu.
1 II Parai, xxi, 8-10.
'■^ Abdias, 3.
^ David, p. 41. . .
à compter avec ce redoutable adversaire. Nous verrons Razon se rendre alors maître de Damas, et préparer les guerres sanglantes que se livreront dans la suite la Syrie et le royaume des dix tribus * .
Enfin , à l'ouest de la Palestine , des troubles importants s'élevèrent, vers la même époque, dans le petit royaume de Gazer ou Gessur. Placé entre les deux territoires d'Israël et des Philistins, Gessur avait, on le pense bien, concédé beaucoup de choses à ses puissants voisins; néanmoins il avait toujours conservé une certaine indépendance. Il se mit alors, après s'être contenu si longtemps, en pleine révolte contre Israël, imitant en cela les Philistins eux-mêmes *.
Nous n'enveloppons point dans la révolte les Phéniciens qui, le long des côtes de la mer, s'absorbaient toujours dans leur paisible et lointain commerce et vivaient à l'écart de leurs frères d'origine. Mais les autres Chananéens, et à leur tête les hommes de Gazer, qui avaient préféré l'indépendance d'une vie chétive aux hasards d'un grand commerce , les Chananéens d'Hamath ^ , dans le
* Saint Jérôme (/ Arnos) et les rabbins avec lui pensent que Razon fut aidé dans son entreprise par Hadad , qui , ne trouvant pas à s'établir facilement en Idumée , se serait allié au roi de Damas dans ses entreprises et lui aurait succédé. Les rois de Syrie connus sous le nom de Benhadad seraient les descendants de Hadad. On expliquerait ainsi la traduction de la Vulgate : Adad regnavit in Syria, et l'hébreu qui porte Aram ou Syrie. (Joseph. Ant. jud., vu, 6).
2 III Reg. IX, 16 et seq. I Par. xx, 4.
3 II Parai, viii, 3-4. Hamath formait, avec Gazer, Damas et Soba, le pays que la Bible appelle Aram ou Syrie de Damas. Sous David , cet État chercha à s'affranchir des Araméens de Soba , et la prudente conduite de Thoii , son roi , lui conserva en effet une sorte d'indépendance (II Reg. VIII, 9. I Parai, xviii, 9).