CHAPITRE X
bas-fonds où l'esclave était condamné à vivre, les lois plus humaines de Moïse , figures imparfaites de la loi évangélique, protégeaient déjà ceux que le christianisme devait un jour affranchir.
En donnant une idée de l'administration publique sous Salomon, nous nous sommes proposé de faire connaître son règne; mais nous voulions aussi rechercher les mœurs et les habitudes de la société israélite dix siècles avant Jésus -Christ. Nous aurions désiré introduire plus avant le lecteur dans cette connaissance. Les documents bibliques nous manquent ^ . Nous croyons que Salomon fut aidé par une administration active et zélée dans son service ;, autant qu'elle était admirablement ordonnée par la sagesse qui présida à sa création. Tout marchait d'un pas égal et réglé dans les grandes voies où le sage monarque poussait Israël grandissant.
* Le lecteur sera peut-être satisfait de trouver ici la traduction de certains extraits des papyrus égyptiens relatifs aux administrations ouvrières. Israël, dans ses habitudes et dans sa vie, côtoyait l'Egypte. L'administration était souvent la même dans les deux pays, et les administrateurs devaient se ressembler beaucoup. (V. rapports entre les nissabim et les mer-nout-sât ou chefs de districts égyptiens dansMaspero, Hist. anc, p. 19, etLenormant, op. cit., t. III, p. 30.) Les administrateurs égyptiens de cette époque, à plus d'un égard, ressemblaient à ceux des temps modernes. Les institutions ont changé; l'homme ne change guère. On trouve dans les papyrus comme la photographie des mœurs des chefs et des subalternes. Les premiers montrent un grand zèle , qui s'emploie surtout à gourmander et à stimuler les autres.
Voici les instructions envoyées à un employé de l'administration des travaux publics par son supérieur :
« Dès que cette dépêche te sera remise, applique -toi à faire travailler dans la demeure du roi Râ- mes -sou. Point de négligence, point de mollesse. Car sache que le nombre des gens mis à ta disposition est divisé en trois escouades ayant chacune son capitaine , six cents hommes en tout , soit deux cents par escouade. Fais-leur traîner les trois grands blocs de pierre qui sont à la porte du temple de Moût,
et qu'on ne manque pas un seul jour à fournir leur ration de blé et d'huile. Pour ce qui est des scribes du trésor et des scribes du grenier public, dès qu'ils seront revenus du voyage qu'ils font pour transporter des grains , qu'ils convoquent leurs hommes. Je t'abandonne la direction des hommes et des soldats. Empêche que certains ne restent dans l'inaction tandis que d'autres travaillent, et surtout veille à ce que les capitaines n'emploient pas les hommes à leurs affaires personnelles. Quand tu enverras le chaland, qu'aucun de ceux qui ont reçu l'ordre de le décharger ne reste oisif. Souviens toi que le nombre d'hommes dont tu disposes , s'il est réparti convenablement, acquerra une force plus grande. »
Voici ce qu'un fonctionnaire en inspection écrit à son chef de service :
« Je suis arrivé à Abou. J'accomplis ma mission : je passe en revue les fantassins et les cavaliers des temples, ainsi que les domestiques, les subordonnés qui sont dans les demeures des officiers de Sa Majesté. Comme je vais faire un rapport direct par- devant Sa Majesté, mon affaire coule comme le Nil. Ne t'inquiète pas de moi. »
Enfin citons la réprimande adressée par un intendant des domaines à un subordonné négligent :
(( Tu seras mis à l'amende, fraudeur que rien n'arrête. Qu'as-tu fait? Je t'avais mandé : « Remets une dizaine d'oies pour la repro- « duction aux gens que je t'envoie, » et tu ne t'es pas mis en mouvement pour faire prendre les oies blanches sur l'étang ! N'avais-tu pas pourtant du monde avec toi? Oui, certes, tu avais nombre de serviteurs avec toi. » (Maspero, du Genre épistolaire chez les Égyptiens; Lenormant, op. cit., p. 37 et 38.)