‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 59 sur 339 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

dit : <( Béni soit Jéhovah, le Dieu d'Israël, qui a donné au fils de David une sagesse digne du grand peuple qu'il commande. Je ferai ce que vous désirez. Mes serviteurs couperont sur le Liban les bois nécessaires ; je les ferai flotter sur mer et descendre à Joppé * . Là vous les ferez prendre par vos ouvriers et conduire à Jérusalem. Vous fournirez en retour à mes ouvriers, pendant le temps que dureront les travaux, le blé, l'orge, l'huile et le vin nécessaires ^ Je vous envoie Hiram-Abi% l'homme le plus habile de mes Etats pour les ouvrages de métal, de bois et de marbre. Tyrien par son père, il descend par sa mère de la tribu israélite de Nephtali. Nul ne sait mieux que lui l'art de la sculpture ; son génie lui suggère les inventions les plus merveilleuses ; il excelle dans la fabrication des tentures de toutes sortes *. Il pourra diriger vos ouvriers et ceux qu'avait réunis David votre père et mon seigneur ^. »

* Un bas-relief du palais de Sarg-on à Khorsabad , conservé aujourd'hui au Musée assyrien du Louvre , représente des vaisseaux transportant des bois de construction.

^ Les Tyriens, se livrant au commerce et à l'industrie, tiraient du dehors les matières alimentaires. Les Juifs , peuple agricole , les produisaient en excès pour eux et pouvaient aisément nourrir les Tyriens. Salomon fournit à Hiram chaque année 20 000 kors de froment, ce qui faisait 40 000 hectolitres, 20 000 bath ou 5 800 hectolitres d'huile, et autant de mesures de vin,

^ Nous suivons ici l'explication de dom Calmet, qui nous paraît la plus raisonnable.

'' Homère donne à ses Sidoniennes la renommée d'être excellentes brodeuses des étoffes les plus fines.

^ III Reg. V, 1-9, complété par II Parai, ii, 1-16. Josèphe rapporte les lettres qu'échangèrent Salomon et Hiram, et il ajoute : « On peut encore voir aujourd'hui les originaux de ces deux lettres, non seulement dans nos archives, mais aussi dans celles des Tyriens. Que si quelqu'un veut s'en assurer, et reconnaître que je n'écris jamais que la vérité , il n'a qu'à prier ceux qui en ont la garde

Salomon choisit, parmi les enfants d'Israël, les plus robustes et les plus intelligents, au nombre de 30 000, qu'il divisa en trois séries de 10 000 hommes chacune. Pendant un mois, chaque série allait travailler sur le Liban avec les Sidoniens , sous la conduite d' Adoniram , l'intendant général des corvées ; le mois écoulé, elle était relevée par la série suivante. De cette façon les travaux agricoles et industriels n'étaient pas interrompus en Israël. C'était l'organisation militaire de David appliquée aux industries de la paix ^ .

Les conquêtes de David avaient causé un grand déplacement des populations. De gré ou de force, un

de les lui montrer {Ant. jud., VIII; lib. I Cont. Apion. xvii). Eusèbe nous a conservé un passage d'Eupolème contenant également la correspondance échangée entre Salomon et le Pharaon son beau-père, auquel il donne le nom de Vaphnès. Ce dernier promet d'envoyer au nouveau roi d'Israël, pour la construction du temple, 80000 Égyptiens (Eus. Prsep. evangel IX,xxxietxxxii). Les découvertes modernes sont venues confirmer le récit de la Bible touchant la direction donnée aux travaux par les Phéniciens. M. Warren raconte {Underground Jérusalem, p. 420), la découverte qu'il fit, en 1868, dans les substructions du temple, de pierres salomoniennes sur lesquelles étaient gravés des caractères phéniciens, de vases en terre cuite à caractères également phéniciens, et de pierres marquées de lettres phéniciennes probablement destinées à indiquer le rang auquel chaque pierre devait être placée (V. la gravure dans Perrot, p. 452 et suiv., et King, Récent discoveries on the Temple hill, p. 58). Engagés comme ils l'étaient dans les couches inférieures du remblai, dit M. Perrot (IV, p. 472), ces vases peints ne peuvent provenir que de la Jérusalem des rois de Juda, de cette ville où tout était phénicien, tout sauf la grande âme passionnée qui ébauchait déjà, sous des dehors d'emprunt, son rêve merveilleux, cet idéal de justice et de pureté qu'elle a été la première à concevoir.

* III Reg. V, 13-14. Ces 30000 Israélites n'étaient point traités, comme les prosélytes, en esclaves. Ils commandaient aux simples ouvriers ou exécutaient les travaux les moins pénibles (V. Menochius, IIIReg., ix,23).

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