‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 60 sur 339 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

grand nombre d'étrangers avaient dû s'établir à Jérusalem et dans tout le royaume. On les connaissait sous le nom de prosélytes. D'après le dernier recensement, ils formaient une population de 153 600 hommes. Salomon les divisa en trois classes : la première , comprenant 80 000 hommes , fut envoyée à Biblos * ou dans les carrières Royales de Jérusalem. La seconde, comptant 70 000 ouvriers , fut employée aux transports des matériaux depuis Joppé et les différentes carrières jusqu'à Jérusalem. Enfin les 3 600 qui restaient furent mis à la tête des ouvriers tant Giblites que prosélytes. Tous ces travailleurs, si l'on y ajoute les Egyptiens envoyés, au dire d'Eusèbe, par le beau -père de Salomon, et les Sidoniens envoyés par Hiram, pouvaient former un total de 340 000 hommes.

Les commentateurs du siècle dernier ont trouvé ces chiffres exagérés ^ Les découvertes modernes sont venues confirmer les chiffres de l'Écriture. Les Egyptiens opéraient avec des armées d'ouvriers. Les bras et les épaules des hommes , dans l'absence des machines et dans la pénurie des bêtes de somme , en tenaient lieu. Tout d'ailleurs était obstacle dans un pays montagneux, presque sans route et dépourvu d'industrie, comme la Judée. Ses conditions topographiques étaient une difficulté de plus. « On se figure, dit un voyageur moderne, les montagnes de la Palestine comme celles de notre pays. Il n'y a cependant aucune ressemblance. C'est une réunion

* Biblos, Gibel ou Gébal, aujourd'hui Djebel, entre Tripoli et Beyrouth, à 53 kilom. de Tripoli. On a dit des Giblites qu'ils étaient les Limousins de la Phénicie.

^ Hic numerus videtur nimius et quasi incredibilis (Gornel. a Lapide , III Reg. V, 15.)

de sommets qui semblent former plateau, quoique séparés par des abîmes. On dirait une seule montagne composée d'une multitude de montagnes. Après en avoir franchi deux séparées par un col abrupt et glissant, il faut escalader celle qui se présente encore. On sort d'un four embrasé pour entrer dans un autre. N'ayant jamais devant les yeux qu'un sommet, il nous semblait toujours qu'il était le dernier, et nous le gravissions courageusement pour éprouver une déception nouvelle ^ »

C'était cependant dans un tel pays qu'il fallait souvent improviser des routes pour le transport de volumineux matériaux, sur une longueur considérable, depuis Biblos et Joppé jusqu'au Moriali. Les pierres arrivaient taillées des montagnes : « Pendant le temps de la construction , dit l'Ecriture , on n'entendit pas un seul coup de marteau dans l'enceinte du temple ^ . » On dit que Salomon avait pris

* Forot, Lettres d'un pèlerin, p. 130. Revue des Deux-Mondes (1er octobre 1882), article de M. Perrot, Fouilles de la Chaldée, racontant le transport de Tell-Lah à Bassorali des statues découvertes par M. de Sarzec. — Hérodote raconte qu'on employa cent mille hommes, relevés tous les trois mois, pour construire la pyramide de Chéops, et cela pendant 20 ans ^11, cxxiv). V. dans l'abbé Vigouroux {la Bible et les découvertes modernes, t. III, p. 494) une planche représentant le transport d'une statue colossale , d'après un monument trouvé dans la grotte d'El-Berscheh. Elle montre quelle multitude d'ouvriers était , en Egypte , employée au transport des lourds fardeaux. V. dans Lenormant {op. cit., t. IV, p. 317) la représentation d'un bas-relief de Koyoundjik; des centaines d'esclaves traînent, attachés à de grosses cordes , un taureau ailé qu'ils font péniblement glisser à l'aide d'un levier immense sur des rouleaux de bois.

2 III Reg. V, 17, 18; vi, 7. Josèphe {Ântiq. jud., viii) prétend même que Salomon ordonna que les grands blocs destinés aux fondations du temple fussent amenés dans la ville après avoir été ajustés et reliés dans les montagnes. Assertion ridicule, ajoute M. de

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