CHAPITRE XI
ce moyen , non seulement pour faciliter le transport en diminuant le volume de la matière brute, mais aussi pour faire taire les mécontents, criant partout que, pendant de longues années, l'encombrement de Jérusalem et le bruit des marteaux rendraient la ville inhabitable * .
Ces blocs étaient d'un calcaire dur, maléki^ très estimé encore aujourd'hui ^ On en tailla tout ce que l'on put dans le mont Moriah lui-même; le fait est
Saulcy ; autant vaudrait dire qu'on avait eu l'idée de construire les murailles dans la carrière et de les transporter ensuite tout d'une pièce sur le terrain {Voyage en Terre sainte, t. II, p. 62). Les blocs étaient dégrossis et appareillés dans les carrières. Ainsi se font nos constructions modernes; on dit d'elles qu'elles sortent toutes construites des carrières.
^ M. de Saulcy ne semble pas entrer dans ces explications. « Il est demeuré certain pour moi , dit-il , que les tailleurs de pierre employés à épanneler ces blocs dans la carrière n'avaient eu qu'un but , celui d'utiliser les masses les plus considérables tout en diminuant leur poids, sans s'astreindre à leur assigner des mesures fixées à l'avance. En d'autres termes, on conservait à tout bloc extrait de la carrière la plus grande dimension que l'on pouvait lui laisser , sans nuire en rien à la bonne qualité des matériaux... A environ trente mètres de la porte Saint -Etienne, onze assises de blocs salomoniens sont encore restés intacts. J'ai mesuré deux de ces blocs, qui n'ont pas moins de 5 met. 28 et 7 met. 25 de longueur sur un mètre de hauteur. » {Voyage en Terre sainte, t. II, p. 15. Bict. des antiq. bîbl., p. 810.)
2 « Les pierres d'origine salomonienne. dit M. de Vogué, sont de dimensions très grandes, mais variables. Les assises diminuent à mesure que l'on s'éloigne du sol; la plus haute a 1 m. 90 et se trouve au pied du mur; la plus étroite a 1 met. à peine. La longueur des blocs est encore plus variable, et va depuis 7 mètres jusqu'à 0 m. 80; un seul a 12 mètres de long. » (De Vogué, le Temple de Jérusalem , p. 4. Cf. Perrot, ojp. cit., p. 180.) C'est ce qu'on a appelé l'appareil cyclopéen. L'Egypte, l'Assyrie, la Grèce, nous en ont conservé des vestiges. Dans ce dernier pays, aux ruines deTyrinthe (xivc siècle), les blocs atteignent jusqu'à 3 et 4 mètres cubes. Un attelage de mule ne suffirait pas pour faire bouger seulement le plus petit d'entre eux. (V. Laloux, Architecture grecque, p. 15.)
confirmé par la profondeur et l'étendue des cavernes dites Royales * .
Pendant que l'on coupait les cèdres sur le Liban , que l'on taillait les marbres à Biblos, les pierres dans les carrières de Kotton-Meghara, au nord de Jérusalem et ailleurs ; pendant que Hiram-Abi coulait toutes les pièces d'airain nécessaires à l'ornementation et aux ustensiles du temple dans le sol argileux des rives du Jourdain, entre Sochoth et Sarthan^, on travaillait à l'immense système de substructions nécessaires à l'emplacement de l'édifice sacré.
Pour bien comprendre la grandeur de ce travail et préciser avec plus de clarté l'emplacement du temple, essayons de nous faire une idée de la topographie de Jérusalem à ce moment de son histoire ^.
La ville est située sur l'arête même de cette longue chaîne qui court du Garmel à la mer Morte , en séparant le versant de la Méditerranée de la vallée du Jourdain. Jérusalem occupe ainsi l'extrémité méridionale d'une sorte de plateau allongé qu'entou-
^ Ces cavernes , situées au nord de Jérusalem , ont été connues de Tacite : Cavati sub terra montes, dit-il dans sa description de Jérusalem {Hist. V, XII ). Voir l'intéressante description de ces carrières dans M. King {Récent cUscoveries , etc., pp. 7 et suiv.); de Saulcy, op. cit. y t. I, p. 127, et Simpson, the Royal Caverns Palestine Exploration fund, 4869, p. 375. — « On voit au fond des souterrains des blocs énormes , des pierres gigantesques , toutes taillées et semblables à celles qui forment la muraille du temple et ses fondations à l'angle sud - est de la ville. Ce sont des pierres taillées du temps de Salomon , dont on n'eut pas besoin pour le sanctuaire , et qui sont restées en place depuis 3000 ans, ce qui explique le passage des Rois disant que les pierres étaient amenées toutes taillées et prêtes à être mises en place. » (Stapfer, la Palestine au temps de Jésus-Christ, p. 65.)
2 in Reg. VII, 46.
^ Voir le plan de Jérusalem à la fin du volume.