CHAPITRE XII
Etienne, a exprimé clairement cette vérité : Et eruditus est Moyses omni sapientia Mgyptiorum, ^ .
C'est un scrupule mal entendu, celui qui porte certains chrétiens à repousser, même sans examen, toute analogie, toute ressemblance d'un usage ou d'un ornement égyptien avec les cérémonies, avec les vêtements, avec les coutumes israélites. Dieu prépare ses œuvres longtemps avant que les hommes se doutent de ce qu'il veut faire ; et il se sert, pour les préparer, même de ses ennemis. L'antique Egypte aussi bien que l'ancienne Rome ont servi les vues de Dieu à l'égard de l'Eglise chrétienne ^ : elles ont, sans le savoir, sans le vouloir, préparé l'arrivée du règne de Dieu ^
Nous ne craignons donc pas de dire que le temple de Salomon a reproduit dans ses grandes lignes le temple égyptien; de même que la basilique romaine, vaste lieu couvert où la justice^ le commerce, les
^ « Moïse fut instruit dans toute la sagesse des Égyptiens. » (Act. VII, 22.)
* Dieu donna à Alexandre et à l'ancienne Rome toutes les gloires et tous les succès , quand Grecs et Romains travaillaient à l'envi au rapprochement des peuples que l'Église devait , non pas seulement rapprocher, mais unir dans une même foi. Les belles voies romaines étaient des chemins dont les apôtres, ces conquérants évangéliques , profitèrent autant que les conquérants romains.
^ Ce que nous disons des temples païens, nous le disons aussi de beaucoup d'autres usages, entre autres de la musique. «Jusqu'à nos modernes , dit un savant jésuite , on pensait que certains morceaux de notre plain-chant étaient un reste de l'ancienne musique des Grecs et des Romains , conservés grâce à l'adaptation faite par les premiers chrétiens aux paroles de leurs offices religieux. Mais les modernes ne veulent pas entendre de cette oreille. Quoi! dit -on, des chrétiens auraient adopté des chants païens!... Nous estimons que, dans les premiers temps de l'Église, on n'était pas aussi sévère. » {Études religieuses de juin 1890, Causeries sur le plain-chant par le P. Soullier.)
transactions s'abritaient au temps des païens, servit de modèle aux temples chrétiens depuis Constantin. « Seulement, observe M. de Saulcy, David inspiré a introduit dans ses plans une noble et imposante simplicité que les monuments égyptiens , immédiatement comparables, ne nous présentent pas. Nous avons vu que David avait transmis à son fils un plan d'origine vraiment divine. Il est certain que la parfaite harmonie du temple, ses proportions, au sentiment des savants architectes qui s'en sont occupés , ne laissent absolument rien à désirer ^ . »
Jetons donc d'abord un rapide coup d'œil sur un temple égyptien ; nous comprendrons mieux l'œuvre du roi d'Israël.
Le temple égyptien se compose de trois parties essentielles qui ne manquent jamais. La première est le sanctuaire, gt/x.o; , comme disaient les Hellènes, petite pièce de forme rectangulaire, oii nul autre que le roi et le grand prêtre n'a le droit de pénétrer. C'est un tabernacle où le dieu du temple est censé résider en personne, et où il est représenté par un symbole qu'on dérobe à tout regard profane
* De Saulcy, Art judaïque, p. 194. « Nous ne saurions admettre, dit à son tour M. Perrot, que ni les temples phéniciens ni le temple de Jérusalem aient été de pures copies des temples de Thèbes et de Memphis... C'est l'ombre, un reflet des arts de l'Ég-ypte qui se projette sur le peuple juif.» {Hist. de l'art, t. IV, p. 300.) Ce qui caractérisait l'architecture judaïque était plutôt le grandiose que le beau; il ne faut pas l'oublier quand on se veut faire une idée du temple. Les énormes proportions frappent plus les Juifs que les détails ai'tistiques. « En général, dit Stapfer, les Juifs ignorent la beauté du détail; ce qui est fin, délicat, joli, leur échappe. Ils ne comprennent que ce qui les domine et les dépasse, ce qui est grandiose et même écrasant. » {Tm Palestine , p. 232.) Nous ajoutons que ce fut précisément un grand acte de sagesse dans Salomon de compléter le génie hébreu par le génie tyrien.