CHAPITRE XII
Autour du naos, et enfermant le sommet même du Moriah , s'élevait une enceinte de 3 coudées de hauteur * . Le mur oriental de cette enceinte était assez éloigné de l'édifice pour laisser un espace formant une première cour intérieure, dont l'accès n'était permis qu'aux prêtres. L'Ecriture donne à cette enceinte le nom de parvis intérieur ou supérieur et celui de parvis des prêtres *. Au milieu s'élevait l'autel des holocaustes. C'était une construction monumentale; il mesurait 5 mètres de hauteur et avait une surface de 10 mètres de côté. On a soutenu et on croit généralement que cet autel, couvert de plaques d'airain, enveloppait la fameuse roche Sakrah, qui fait aujourd'hui le centre du Haramech-Chérif ^. La vénération dont elle était l'objet de la part des Juifs, au temps de Constantin, prouve qu'une tradition constante attachait à cette roche un souvenir du temple ^ C'est assurément un fait cu-
trée des cellules était sur le côté droit. On montait aux étages supérieurs par un escalier tournant.
* S'agit-il ici d'un portique? Ni Josèphe ni la Bible ne l'indiquent: ils ne parlent que d'un mur formé de trois assises de pierres, recouvert d'une sorte de balustrade en cèdre. Un grand nombre d'auteurs, d'après Ézéchiel (xl et xLii), soutiennent que la cour des prêtres et la cour d'Israël étaient entourées de véritables galeries que surmontaient un ou deux étages de chambres destinées au logement des prêtres, des chantres et des musiciens. (Gox, Biblical antiquities, p. 215; domCalmet sur Ézéchiel, Thenius et le P. Pailloux; IV Reg. XXIII, 11. Jerem. xxxv, 4; xxxvi, 10.)
^ Keil pense que son nom de parvis supérieur lui était donné parce qu'il était élevé au-dessus de la cour du peuple. Le temple et les cours formaient une suite de terrasses superposées. Le parvis des prêtres avait 135 coudées (67 m. 50) de largeur, et une profondeur de 187 coudées (84 m. 15).
3 Cette roche s'élève à une hauteur variant de un ou deux mètres au-dessus du pavé de la mosquée.
^ La tradition juive dit que c'est sur cette roche qu'Adam a offert
rieux que , dans les trois temples qui se sont succédé sur cet emplacement, on ait laissé subsister cette saillie de roc qu'il eût été si facile d'abattre.
A l'intérieur se trouve une cavité^ qui recevait, par une ouverture supérieure, le sang des victimes répandu à l'angle de l'autel %• de là, par un canal souterrain, le sang et les eaux du temple traversaient la montagne et s'écoulaient dans le Gédron.
A gauche et tout près de l'autel était la mer d'airain , vaste réservoir en bronze , comparable au grand bassin de pierre conservé au musée du Louvre et connu sous le nom de vase d'Amathonte. Douze bœufs également en bronze, plus grands que nature.
le premier sacrifice ; que Caïn , Abel , Noé , au sortir de l'arche , y ont aussi sacrifié ; qu'Abraham y prépara le sacrifice d'Isaac ; enfin que David, pour obtenir la cessation de la peste, y dressa un autel (II Reg. XXIV, 16; Cf. Maimonides , Beth habbechereh, II, i). Ils l'appelaient lapis pertusus ; ils l'oignaient d'huile et la couvraient de leurs larmes. A la vénération des Juifs pour la roche sacrée , a succédé celle des musulmans , qui débitent sur son compte des fables étranges; M. de Vogué les a résumées comme il suit : « Sur le Moriah se trouve une pierre sacrée, marquée du nom Ineffable, scellée sur Tabîme dont elle arrête les flots; les eaux du déluge ne l'ont pas touchée; de ses flancs sortira la source mystique prédite par les prophètes. C'est la pierre fondamentale et le centre du monde. » Ils appellent le canal qui la traverse amah, le puits des âmes. De riches tapis la recouvrent ; une tenture de soie l'abrite des rayons du soleil, et une grille la protège contre les indiscrétions de la foule.
1 Ce trou pouvait servir de citerne à l'aire d'Oman. Il faudrait alors y reconnaître le plus ancien travail humain qu'il y ait dans le Haram.
2 On n'égorgeait point les victimes sur l'autel, mais seulement au pied. Le feu perpétuel qui y était entretenu les consumait en tout ou en partie , suivant l'espèce de sacrifice. Pour ne point contrevenir à la loi, qui défendait de monter à l'autel par des marches (Exod. xx, 26), on pratiqua une rampe pour y monter insensiblement; des marches d'ailleurs auraient été plus gênantes pour le transport des victimes.