‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 78 sur 339 · CHAPITRE XUI i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUI i

de terrasses superposées, ravissait les yeux. La montagne sacrée parlait au cœur des Israélites : c'était Jéhovah, ou du moins le symbole de sa gloire. Cette image, ils l'emportèrent vivante dans leur mémoire jusqu'en exil : « Jérusalem, se disaient-ils, si je t'oublie, que ma langue reste attachée à mon palais. »

A la vue de l'escalier gigantesque qui conduisait au portique de Salomon ; des portes en bois de cyprès aux battants dorés ; des toits de cèdre recouvrant les portiques ; des deux colonnes d'airain , Yachin et Boaz , qui se dressaient fièrement à la porte du temple ; des tours élancées des pylônes , qui dominaient les bâtiments sacrés ; des marbres polis qui recouvraient l'harmonieux rectangle du temple et reflétaient une lumière éblouissante ; des fenêtres aux grilles dorées, comme si les jalousies et les égoïsmes de l'Orient entraient jusque dans le lieu saint ; des trois cours échelonnées de la haute terrasse du lieu saint, surmontant les parvis : à la vue de ce spectacle varié, pittoresque, complexe, le pèlerin israélite s'interrogeait longtemps sur la destination et le rôle de ce qu'il voyait. Tout cela excitait à la fois sa piété et sa curiosité ; tout cela enflammait son imagination , exaltait son patriotisme et sa foi.

Lorsqu'on était entré sous le portique de Salomon , on se trouvait dans l'espace réservé aux Gentils. Celui-ci présentait l'aspect négligé d'un campement et d'un marché : le Tyrien, le Moabite, l'Edomite se tenaient là pour voir, pour se reposer ou pour vendre. Tous y circulaient librement : païens, hommes ou femmes, excommuniés, impurs, hérétiques, personnes en deuil. Dès le matin, les

vendeurs des victimes y installaient les cages pour les colombes, les parcs pour les moutons, les génisses et les taureaux.

Si, après avoir admiré l'architecture étrangère du premier portique et sa triple rangée de colonnes en bois de cèdre sculpté, on franchissait le second, on se trouvait dans la cour d'Israël. Aussi éloignés que possible du bruit confus de la première cour, des contestations entre le marchand et l'acheteur, des bêlements des agneaux, du mugissement des taureaux, se trouvaient de longs espaces où les Israélites pouvaient s'entretenir de la fête du jour ou de toute autre affaire. Plus loin encore, accroupis en cercle, des lettrés devisaient sur la loi et sur les nouvelles du jour.

Le parvis des prêtres , plus rapproché du temple , avait plus de recueillement. On y voyait l'autel d'airain, placé en face de l'entrée du saint lieu. Les prêtres, suivant leurs fonctions et leur rang, étaient là par groupes séparés , préparant les sacrifices. Autour de l'autel, les uns en enlevaient les taches sanglantes ; les autres y attisaient le feu ou apportaient les bûches d'un bois choisi. D'autres immolaient les victimes ou plaçaient sur l'autel ce qui devait être consumé. Le plus loin possible de l'entrée du temple et de l'Israélite en prières, on procédait au travail disgracieux que comportait le dépouillement des victimes : dans des cuves et des bassins incessamment remplis d'eau puisée à la mer d'airain, on lavait les chairs, et bientôt après on se débarrassait des eaux immondes , qui se déversaient par des canaux ou des tubes de plomb dans le lit du Gédron.

Lorsque le chrétien du Nord entre un jour de fête

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