‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 84 sur 339 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Nous avons vu David établir son palais sur le sommet de Sion. C'était plutôt une forteresse, la maison d'un conquérant, qu'un palais*. L'édifice convenait au roi soldat régnant au milieu d'une nation armée, et toujours prêt, s'ils relevaient la tête, à écraser les vaincus. Le fort du roi était solide comme la puissance d'Israël; l'Écriture le laisse à entendre*. Ce n'était plus, sous David, la demeure de Saûl à Gabaa : maison aux murs de briques crues, au plafond en poutres de sycomore recouvertes de terre battue ^ Jérusalem estimait qu'on n'avait jamais vu et qu'on ne reverrait jamais matériaux si imposants aux mains d'ouvriers si habiles. C'étaient les ouvriers d'Hiram, édifiant avec d'immenses pierres appareillées les murs de la maison royale. Les charpentes élevées au-dessus de planchers, de lambris, de plafonds ouvragés, étaient presque dans leur gigantesque longueur les cèdres du Liban.

Si imposant que fût le palais de David, il parut insuffisant à Salomon. Dans son luxe oriental, le

* David, Ile partie, c. ii.

a II Reg. V, 11 et 12.

3 Is. IX, 9-10.

monarque voulut se construire une habitation moins sévère et plus somptueuse, en rapport avec le temple, en rapport aussi avec l'illustre princesse qui la devait habiter : il lui plaisait de donner à la fille du Pharaon une demeure qui ne lui ferait point regretter les palais de Tanis. Un sentiment religieux des plus respectables couvrait et excusait aux yeux du peuple cet amour d'un luxe royal, nouveau pour Israël : « Je ne veux pas, disait Salomon, que la maison de David , sanctifiée par l'arche du Seigneur , soit habitée par la fille d'un roi étranger au culte de Jéhovah * . »

Ce fut encore un sentiment de piété qui décida Salomon à rapprocher son palais le plus possible du temple, et à le construire à proximité de la plateforme du mont Moriah^.

Les treize années que Salomon employa à con-

' II Parai, viii, 41.

2 Différents passages de l'Écriture et les découvertes modernes semblent démontrer que les palais étaient situés au midi du temple, sur les pentes d'Ophel. Il n'y avait sans doute à franchir, pour entrer dans les parvis sacrés , qu'un escalier dont les rampes , dit la Bible, étaient en bois odorant (III Reg. x, 12). L'emplacement des palais au lieu que nous disons peut se déduire de II Esd. m, 15 et de Zach. xiv, 10; mais surtout de III Reg. viii, 1 et ix, 24. « Les rois d'Israël , dira plus tard Ézéchiel au nom de Jéhovah , quand le palais aura été brûlé par les Ghaldéens, les rois mettaient leur seuil près de mon seuil, leurs portiques près de mes portiques, et il n'y avait qu'un mur entre eux et moi (xliii, 8). » Le palais avoisinait la Porte-aux-Ghevaux , et celle-ci était à l'angle sud-ouest de la plate -forme du temple (IV Reg. xi, 6-19. Cf. Jerem. xxii, 1 ; XXVI, 10-11). Les murs de soutènement auraient ainsi porté une terrasse inférieure à celle du troisième parvis du temple, et sur cette terrasse se dressait un des palais. Plus tard on éleva cette terrasse à la hauteur des parvis. Nous savons d'ailleurs que, dans l'antiquité, les palais confinaient aux temples. (Cf. Perrot, Hist. de l'art, t. III, p. 436.)

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