CHAPITRE XV
(( Afin de pourvoir à l'entretien de ce personnel, il faut aussi des provisions considérables et des réserves toujours prêtes; il faut des magasins où viennent s'entasser les dons plus ou moins volontaires des sujets, les tributs perçus en nature, et les récoltes que produisent les immenses propriétés du souverain...
(( Le palais ne se compose donc point, comme les palais modernes de l'Occident, d'un édifice unique qui forme un ensemble homogène ; il ne ressemble point aux Tuileries ou à Versailles. C'est une suite de pavillons que séparent de beaux jardins ou des cours plantées de grands arbres ; c'est toute une ville à part, une cité royale, qu'une muraille élevée enveloppe de tous côtés. A l'intérieur, dans la partie la plus voisine de l'entrée , s'ouvrent les riches salles où le maître daigne parfois s'asseoir sur son trône, pendant quelques heures, pour donner audience. Autour de ces pièces , ouvertes à un certain nombre de privilégiés, fourmille tout un peuple d'ofEciers, de soldats et de serviteurs. Plus loin, derrière les portes jalousement gardées, s'étend et se prolonge le harem ; c'est là que le roi passe tout le temps que ne lui prennent pas la guerre et les conseils. Tous ces bâtiments laissent entre eux assez d'air et d'espace pour que le roi puisse, s'il en a la fantaisie, rester des mois et des années sans sortir, se promener à pied, à cheval ou en voiture ^ dans les allées de ses parcs ^ »
* Lenormant, Hist. anc. de V Orient, t. III, p. 393. Cette description s'applique surtout aux palais égyptiens ; nous pensons que le palais de Salomon se rapprochait plus de ces modèles que des modèles assyriens, construit qu'il était pour une princesse égyptienne. M. Batissier {Hist. de l'art monumental, p. 89) pense que la dé-
Les trois demeures royales construites par Salomon sont, d'après la Bible, le palais du roi, celui de la fille du Pharaon et la maison de Bois-Liban. Nous remarquerons que ces trois édifices correspondent exactement aux trois groupes de bâtiments qui forment les vieux palais des Egyptiens. Ainsi sont encore construits de nos jours les palais turcs et persans. On y distingue : le sérail, c'est-à-dire les appartements de réception et les habitations des hommes ; le harem , où vivent les femmes du prince et leurs enfants, et le khan, dont les principales pièces sont réservées au trésor. Le khan servait à remiser les dépouilles des peuples vaincus , les chars, les boucliers, les arcs et les flèches, les lances et les épées ^
On s'accorde à reconnaître dans cette dernière partie du palais oriental le bâtiment qu'on appelait à Jérusalem, sous Salomon, la maison de Bois- Liban. C'était la principale des royales demeures élevées par le fils de David, du moins celle que décrit plus particulièrement l'Ecriture. Son nom lui venait des innombrables colonnes de cèdre qui formaient les galeries inférieures et présentaient à l'imagination l'image d'une forêts
coration intérieure se rapporte plutôt à celle des palais de Persépolis et de Ninive. Nous voyons simplement, avec M. de Saulcy, dans cette décoration la caractérisque de l'art des Juifs {Hist. de V art judaïque , p. 212).
^ Cf. Lenormant, op. cit., t. V, p. 27 et suiv.
2 Beaucoup de commentateurs anciens ont pensé que la maison de Bois -Liban était ainsi nommée parce qu'elle était construite dans le Liban , et qu'elle servait à Salomon de maison de campagne. Mais la description ne peut s'adapter qu'à un palais où le roi résidait habituellement. Il est certain toutefois que Salomon se fit bâtir au Liban des maisons de plaisance , qu'on appelait « les délices de Salomon ». (III Reg. IX, 19. Gant, vu, 5.)