‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 88 sur 339 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

salles supérieures du palais de Bois-Liban ^ On y remarquait principalement cinq cents boucliers de parade, tous revêtus de plaques d'or aplaties sous le marteau. La quantité du métal employé dans ce travail représenterait aujourd'hui une somme de plus de dix millions de francs^.

Le palais de Salomon et celui de la fille du Pharaon, ainsi que la maison de Bois-Liban, s'échelonnaient sur la pente d'Ophel et étaient compris dans une même enceinte, que le texte appelle la grande cour. Celle-ci était limitée de tous côtés par un mur pareil à celui qui entourait la cour intérieure du temple^, et le long duquel régnait une galerie en bois de cèdre. Cette enceinte devait en outre comprendre les communs, les logements des domestiques, les écuries'', les magasins. Mais le texte sacré n'est pas entré dans ces détails.

Autour des édifices royaux, se développaient des parterres délicieux, des bosquets enchantés, véritables Edens, dont les feuillages divers nuançaient agréablement l'aspect. Comme en Algérie, les dattiers, les palmiers, les bananiers, les vignes suspen-

* m Reg. X, 46. Gant, iv, 4. Is. xxxix, 2. Ces armes n'étaient livrées aux gardes que dans des circonstances extraordinaires (III Reg. XIV, 26 et seq.).

^ Ces boucliers servaient probablement à la décoration des murailles auxquelles ils étaient suspendus. Un précieux bas-relief assyrien, trouvé à Khorsabad et publié par Botta , représente le pillage d'un édifice dans lequel les Assyriens pénètrent par le -toit : on les voit décrocher des murailles des boucliers bombés , qu'ils emportent en s'éloignant. (Cf. de Saulcy, Hist. de l'art judaïque , p. 215.)

^ III Reg. VII, 12, selon l'hébreu.

^ Les salles qui portent aujourd'hui le nom d'Écuries de Salomon sont situées sous la partie sud-est de la plate-forme du Haram. Elles forment un souterrain long de 80 mètres et large de 50. (Voir plus haut ch. XI. Cf. Guérin , Jérusalem, p. 229.)

dues, entrelacées, formaient des bocages assez épais pour produire au milieu du jour une sorte d'obscurité, d'où la fraîcheur n'était pas absente dans les brûlants étés. L'air y était incessamment rafraîchi par des eaux courantes. De larges bassins, alimentés par les réservoirs d'Etham , se déversaient en des canaux symétriques et développaient partout une végétation luxuriante ^

Salomon avait mis sept ans et demi à bâtir le temple ; mais on comprend que l'édification des palais, l'aménagement des eaux venant de très loin, les terrassements des jardins, les riches décors, les ameublements, ont pu exiger douze ans et demi de travail ^

Le lecteur pourra, à l'aide de la courte description que nous venons d'en faire , avoir l'idée des pa-

* Josèphe, Antiq. jud., Ylll, ii. Eccle. ii, 5-6. Les bassins d'Étham correspondent -ils à ce qu'on montre au voyageur sous le nom de Vasques de Salomon, près de Bethléhem, dans un ancien domaine royal entouré de collines? Est-ce bien ce domaine qui est appelé dans le Cantique des cantiques Jardin fermé? Nous faisons la même question à l'ég-ard d'une fontaine que l'on appelle Fontaine scellée. Elle alimente d'une eau excellente trois réservoirs taillés au-dessous d'elle, dans le roc, à des niveaux successivement inférieurs, et qui se déchargent les uns dans les autres. L'eau s'écoule ensuite par un aqueduc de 22 kilomètres, qui suit le flanc des vallées et l'amène à Jérusalem. Au temps de Salomon, les eaux étaient reçues dans un réservoir au sein du Moriah. Des voyageurs modernes prétendent que les vasques d'Étham n'ont rien de l'architecture salomonienne. (Le Camus, Notre voyage aux pays bibliques^ t. II, p. 26.) Ni l'Écriture, ni Josèphe n'en parlent directement. Cependant d'illustres archéologues reconnaissent, sous les réparations successives, une œuvre première digne de Salomon. « Les Orientaux , les Phéniciens entre autres, construisaient une piscine pour l'éternité, » dit M. Renan {Mission de Phénicie). Cf. Warren, Underground Jérusalem , p. 129. Guérin, Jérusalem, et Description de la Palestine, t. III, p. 130. Lenormant, t. VI, p. 552.

2 m Reg. VII, 1; IX, 10. II Parai, viti, 1.

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