‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 91 sur 339 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

chevées par son père. Quelles étaient ces constructions et où étaient- elles placées? C'est une question sur laquelle on ne peut former que des conjectures ^

Nous croyons être dans la vérité en disant que Jérusalem, à quelques égards, avait, sous Salomon, l'aspect des villes bâties en pays de montagnes, comme Gênes, Pérouse, Sienne. C'était la même variété , le même pittoresque : de hautes et raides collines , à l'assaut desquelles semblent se précipiter les maisons ; de profondes vallées séparant des quartiers qui semblent se toucher. Il fallait toujours descendre et monter, quand un pont ne reliait pas deux pentes ou deux ravins. Alors, des points élevés de la chaussée courant sur les cimes et menant au pont, on voyait à ses pieds les toits, les balcons^ les cours des habitations qui se serraient dans les rues basses, au risque d'être inondées par les pluies d'orage. Posés sur les sommets, les principaux édifices , les palais , le temple , devaient à leur position dominante une fermeté de lignes, une grandeur d'aspect qu'ils n'ont guère dans les villes construites en plaine, où le pied des bâtiments se

1 II est fort à penser que le mot Mello désignait les terrassements exécutés en certains endroits d'une vallée que l'on combla (xibn, remplir), vallée qui séparait le Moriah de Sion. Nous avons vu Sa^ lomon y construire au moins deux ponts ou chaussées, pour joindre les deux collines. Sous les premières arches des ponts se pressaient les maisons des artisans qui avaient besoin d'eau pour exercer leur métier; de là le nom de Tyropœon ou vallée des Fromagers, donné plus tard au Mello. Le palais du Mello, dont parle l'Écriture (II Parai, xxviii, 5. IV Reg. xii, 20), dominait ces maisons comme une forteresse. Aujourd'hui le sol est recouvert d'un remblai de 27 mètres, où poussent quelques maigres cactus. M. Pierotti (oj9. cit., p. 120) pense que Mello est le nom d'un grand réservoir artificiel que remplissait l'eau d'un réservoir plus élevé.

cache et se perd au milieu des constructions qui les entourent.

Les travaux entrepris par Salomon pour la défense du royaume ne se bornèrent pas à sa capitale ; il fortifia encore Hazer ou Azor, Majeddo, Gazer, donnée en dot à la fille du Pharaon, et les deux cités de Béthoron. Hazer, située au pied du Liban, commandait la frontière du côté de la Syrie. Majeddo , entre le mont Thabor et la mer, était la clef de la plaine de Jezraël; c'est là que se sont livrées dans tous les temps les batailles d'oii a dépendu le sort de la Palestine. Ces deux villes mettaient Israël à Fabri d'une attaque du côté du nord. Gazer et Béthoron dominaient au sud les défilés par lesquels on pénétrait de la plaine de Jéphela, ou des Philistins, dans la tribu de Juda et au cœur même du royaume. Enfin toutes les villes où Salomon mettait en réserve les trésors et les revenus des terres furent par lui munies de puissantes murailles ^ .

Dans la haute antiquité, les murailles étaient bâties en blocs énormes et bruts, rappelant par leur importance les dolmens et les menhirs. De gros quartiers de roches, posés sans ciment les uns sur les autres, avec de petites pierres insérées dans les interstices, formaient les murs d'enceinte des villages : la masse et l'équilibre des matériaux en faisaient toute la force. C'étaient les murs cyclopéens d'Italie, quelque chose comme les remparts de la Rome primitive.

Mais, quand David et Salomon se furent alliés aux rois de Tyr, tout fut changé dans le mode et l'aspect des constructions d'Israël. Une fois éveillé, le goût

* IIIReg. IX, 15-19.

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