CHAPITRE XV] I
antique ; certaines teintures , comme celle de la pourpre, constituaient dans leurs mains un monopole sans partage. Leurs verreries égalaient peutêtre les produits que Venise obtenait dans ses ateliers au moyen âge. Les Phéniciens étaient donc à la fois producteurs et négociants.
On se demande si les Israélites, imitant leurs voisins, s'occupèrent aussi d'industrie. On ne peut guère en doutera Gomment auraient-ils renoncé au double bénéfice qui s'offrait à eux, celui du fabricant joint à celui du négociant? Cependant il ne paraît pas qu'ils soient allés très loin dans les arts de la fabrication . Leurs procédés restaient inférieurs à ceux des Phéniciens, et le bon marché auquel ceux-ci devaient, en raison de leur association, céder aux Israélites leurs produits, a dû arrêter l'essor des fabriques en Palestine.
Les Phéniciens transportaient au loin leurs productions. Ils allaient en Grèce, en Espagne, dans la Gaule, l'Italie, la Libye, plus tard dans les îles Britanniques , et même dans l'Inde , pendant quelque temps. Là, ils recevaient des habitants les métaux, les bois, les diverses matières premières propres à chaque pays ; en payement ils livraient leurs produits manufacturés : outils forgés, tissus, poteries , verres , etc.^
* L'industrie des hommes portait principalement sur les produits du sol : blé , huile , miel , dattes , gâteaux ; les femmes confectionnaient des étoffes (Prov. xxxi, 24). V. de Saulcy, Art judaïque.
^ Les besoins d'un commerce étendu ont conduit , dit-on , les Phéniciens à l'invention de l'écriture. Ces grands négociants , auxquels les Anglais eux-mêmes ne peuvent être qu'imparfaitement comparés, durent , pour garder le souvenir de leurs opérations , recourir aux signes les plus simples et les plus rapides : de là, l'invention de l'alphabet. Par contre, comme les échanges se faisaient en nature, ils ne sentirent que plus tard l'utilité de la monnaie.
Le commerce phénicien , tel que nous venons de le décrire, jette une grande lumière sur les textes de nos saints livres qui ont trait au commerce des Hébreux.
Le roi Salomon , dit l'Ecriture , fit construire une flotte à Asiongaber , sur le littoral de la mer Rouge ; et Hiram , roi de Tyr , fournit des navigateurs et des marins exercés, qui formèrent, avec les sujets de Salomon, l'équipage de la flotte ^
Asiongaber, sur la pointe septentrionale du golfe Elamitique, était à l'extrémité de cette fameuse dépression de terrain qui, du Litanj et de l'Oronte, aboutit , par la vallée du Jourdain , la mer Morte , le Ghor et la vallée d'Arabat, au golfe de ce nom ^. C'était en quelque sorte le canal de Suez de cette époque. Tyr était Port-Saïd; Asiongaber, Suez, et Jérusalem, Ismaïliah, point central du canal.
On comprend dès lors avec quelle ardeur les Phéniciens, qui, maîtres de la Méditerranée, n'avaient plus sur le golfe Persique leur ancienne puissance, durent accueillir les propositions de Salomon, en hâter peut-être la réalisation, en se résignant à associer Israël au bénéfice des opérations. Ils n'auraient plus dès lors à s'exposer à ces voyages si longs et si difficiles à travers l'Arabie , ni à trafiquer avec les caravanes ; ils pourraient aller eux-mêmes chercher les riches produits de l'Inde, sans avoir à payer de tributs aux nomades arabes.
Les circonstances d'ailleurs les favorisaient singulièrement. (( Il fallait, dit M. Lenormant, pour que l'entreprise devînt possible, des conjonctures qui ne s'étaient pas encore présentées. Il fallait que le
* III Reg. IX, 26 et seq.
^ Il ne reste plus aucun vestige d' Asiongaber.