‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 97 sur 339 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

roi d'Israël eût étendu sa domination jusqu'à Elath, de manière à pouvoir établir dans cette ville des chantiers de construction alimentés par les bois de Galaad et de Basan, et qu'en même temps il eût noué les liens d'une intime alliance avec le souverain de Tyr, lequel, s'associant de compte à demi à l'opération , pouvait seul placer sur les vaisseaux des matelots assez habiles et assez courageux pour affronter avec succès la longue traversée de la mer Rouge et de l'océan Indien. Ces conditions ne se trouvèrent réunies que par suite de l'alliance étroite qui s'établit entre Hiram et Salomon ^ »

A Asiongaber fut donc construite, par les ouvriers de Salomon aidés de ceux d^Hiram, la flotte qui devait apporter en Palestine, avec les richesses, le goût du commerce et du lucre, dont les fds d'Israël ne devaient plus se départir. La belle description qu'Ezéchiel fait des navires de Tyr peut assurément s'appliquer aux navires construits à Asiongaber ^

Vers quelles plages étrangères naviguait cette belle flotte, et qu'était Tharsis? qu'était ce mysté-

* Lenormant, op. cit., t. VI, p. 368.

^ Ezèch. XXVII, 5-8. Voici cette description :

Des cyprès de Sanir ils ont construit (ô Tyr) tous tes tillacs, Ils ont pris un cèdre du Liban pour te faire un mât, Ils ont taillé les chênes de Basan pour fabriquer tes rames. Tes bancs sont d'ivoire incrusté dans le buis ,

Et apporté des îles de Kittim.

Le fin lin d'Egypte avec ses broderies

Te servait de voiles et de pavillon.

Les étoffes teintes en bleu et pourpre d'Élisa Servaient à tes tentures.

Les habitants de Sidon et d'Arvad étaient tes rameurs,

Et tes sages, ô Tyr, étaient tes pilotes. Les anciens de Gébal et ses habiles ouvriers étaient chez toi

Pour calfeutrer tes voies d'eau.

Tous les navires de la mer et tous les marins étaient chez toi Pour faire l'échange de tes marchandises.

rieux pays d'Ophir, où l'on puisait à pleines mains l'or, l'argent, l'ivoire, et d'où l'on rapportait des singes et des paons * ?

Tharsis, il n'en faut pas douter, désigne l'Espagne ^ Quant à Ophir, son identification avec un pays connu est plus difficile. On ferait un volume avec le seul résumé des livres qui ont essayé de résoudre la question. On a placé Ophir en Asie, en Afrique et même en Amérique ^. Ces aventureuses hypothèses sont abandonnées aujourd'hui. Si on se reporte à l'historien Josèphe, aux Septante^ et aux plus anciens Pères de l'Eglise, on verra que tous placent Ophir dans les Indes ; la philologie et l'étymologie sont venues confirmer leur témoignage.

* IIIReg. X, 21-22.

"^ Tharsis désignerait Séville , d'après Pinéda ( Be rehus Salomonis, \. IV, c. XIV ). On s'est demandé comment la flotte de Salomon pouvait aller en Espagne. On a parlé de deux flottes : l'une partait d'Asiongaber pour Ophir, et l'autre de Joppé pour Tharsis. Ainsi pensent Ribera et Salianus ; d'autres , que la flotte de Salomon allait d'Ophir à Tharsis en doublant le cap de Bonne -Espérance; c'est le sentiment un peu étrange de Pinéda. D'autres croient que la flotte d'Asiongaber allait à Tharsis par un canal qui existait entre la mer Rouge et la Méditerranée, d'après Hérodote, Strabon et le savant évéque d'Avranches (Darras, Hist. de V Église, t. II, p. 486). Quelques-uns, avec dom Galmet (II Parai, xx, 36), voient dans l'expression hébraïque « vaisseaux qui allaient à Tharse » un terme consacré pour désigner des vaisseaux à long cours, comme nous appellerions transatlantiques des navires qui ne parcourraient que la Méditerranée. Ce dernier auteur concilie ainsi tous les textes.

^ « Qui sait, dit l'abbé Darras, si les vaisseaux de Salomon n'abordèrent jamais aux rivages que Christophe Colomb crut découvrir le premier? Qui sait s'ils ne portèrent pas le nom du Créateur du ciel et de la terre aux peuplades primitives de l'Inde et de l'extrême Amérique?» {Hist. de l'Église, t. II, p. 486.) Ce fut le sentiment de Christophe Colomb lui-même. (Pinéda, De rébus Salomonis, 1. IV,

c. XVI.)

^ III Reg. IX, 28; X, 41. Jérémie (x, 9) rend Ophir par Ophaz, que la version arabe traduit par Inde.

Page 1