CHAPITRE XVll
rapportés de ces contrées lointaines. Ce que le temple n'absorba pas fut employé aux palais royaux. La quantité énorme d'or et d'argent * qui arrivait à Jérusalem explique le nombre prodigieux de coupes et de vases précieux servant à la table de Salomon. Toute la vaisselle de la maison de Bois -Liban put être fabriquée en or massif. Ainsi encore s'explique la parole de l'Ecriture : « L'or et Targent devinrent à Jérusalem communs comme des pierres ^ »
Avec le bois de santal on fit des balustrades pour le temple et le palais royal ^, des kinnor et des nébel pour les musiciens. La couleur rouge de ce bois et son parfum semblent avoir excité vivement l'admiration des Israélites, et c'est avec une certaine note de regret que l'historien sacré observe que, depuis Salomon, on n'apporta ni on ne vit jamais un pareil bois dans Jérusalem ^,
* Les 420 talents d'or rapportés d'Ophir dans le premier voyage font au moins 29 millions 203000 livres, dit dom Calmet (III Reg. IX, 28), plus de 50 millions de francs, en évaluant les 420 talents d'or à 18 000 kilogrammes.
2 IIIReg. X, 21,27.
3 En rapprochant II Parai, ix, 11, de III Reg. x, 12, on a traduit: « Salomon en fit des balustrades pour chaque côté des degrés qui allaient du palais au temple. » M. de Saulcy pense qu'il s'agit de deux escaliers, l'un pour le temple, l'autre pour le palais (4rtywrf.,p.215). Le mot hébreu lyoD, misacl, signifie soutien, appui, et par extension colonne et balustrade. Salomon dut également se servir du santal comme parfum, usage encore général aujourd'hui chez les Orientaux. L'huile qu'on en extrait et le bois lui-même sont très odoriférants. Homère dit que Calypso en brûlait dans sa grotte et que le parfum embaumait son île entière. Les Chinois le brûlent dans leurs temples et s'en servent comme d'encens. Cette odeur toutefois n'est pas du goût des Européens. (Cf. Clavé, Revue des Deux- Mondes, 15 avril 1867, p. 852.)
'* III Reg. x, 12. Pline semble parler de ce bois dans son Histoire naturelle (III, xvi).
Quant aux singes et aux paons, ils étaient destinés à l'amusement du roi et de sa cour. Les paons étaient très rares dans l'antiquité et complètement inconnus des Hébreux. On conçoit que Salomon ait mis tous ses soins à se procurer cet oiseau, dont on a comparé le plumage à une prairie émaillée de fleurs ^ Les singes durent plaire singulièrement aux Israélites, qui savaient, diaprés les traditions, que leurs aïeux avaient connu ces animaux sur la terre d'Egypte. Les monuments nous apprennent le respect de cette nation pour les singes. Pour symboliser les divinités du panthéon égyptien avec leurs attributs , leurs qualités , leur nature , les prêtres avaient recours au règne animal, et le singe occupait le troisième rang, après le taureau et le crocodile. Conformément à un usage particulier à TEgypte, on posait une tête de singe sur un corps humain ^.
« Ce fut donc Salomon, dit M. Lenormant, qui conçut le premier la féconde pensée de soustraire ces riches importations aux charges de l'entrepôt forcé dans l'Arabie méridionale, en faisant doubler à ses navires la pointe extrême de la péninsule Arabique, et en les dirigeant droit jusque dans les ports de l'Inde même.
« Depuis des siècles et des siècles, les civilisations raffinées de TEgypte et de la Syrie recherchaient avec avidité les épices , les aromates , les métaux ,
^ S. Eustathius, Spuria (Mig-ne, PatroL grecq. t. XVIII, col. 729).
2 Lenormant, Hist. anc. de l'Orient, t. III, p. 341. Voir dans ce même volume, p. 138, le dessin d'un hypocéphale, où Ammon-Râ est adoré par huit sing-es cynocéphales, et, p. 147, le jugement de l'âme au tribunal d'Osiris, où l'on voit la balance surmontée d'un cynocéphale. Sous Jules César, les singes tenaient à Rome une grande place dans les jeux publics.