‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 18 sur 86 · APPARTENANT · texte numérisé non relu

APPARTENANT

A s. A. R. LE DUC D'ORLÉANS.

Si Atbènes est détruite, si la Grèce est envaliie, il nous reste une patrie errante et sûre : ce sont nos vaisseaux.

(ThÉMISTOCLE, dans Plutarque , p. 117. )

BiEiN des souvenirs se re'veillent , bien des espérances saisissent le cœur à Faspect de ces barques le'vantines, de ces matelots de TAr-, chipel, dont les traits , fortement dessines , con servent encore la trace des antiques modèles ! Une servitude de plus de trois siècles n'a donc pu étoufler entièrement , dans ce peuple , le sentiment de sa vieille gloire et cet amour ardent de la patrie, source de tant d'héroïsme et de grandeur.

Entendez au loin sur ces mers , redevenues libres , le retentissement de ces bronzes homicides qui servent de dernière raison à la liberté, comme à la tyrannie. Les esclaves ont relevé' leurs fronts de la poussière , et font trembler leurs oppresseurs. Les ombres hé-

roïques des grands lioinmes semblent sortir de leurs monumens oublies, et rappeler encore la victoire sous les étendards de la patrie.

Détroit des Tliermopyles , Marathon , Salamine ; théâtres sacrés des grands exploits , des triomphes de la vertu républicaine , vous serez encore témoins des actions généreuses, des faits héroïques : Thistoire vous redemande ; vous lui fournirez encore des souvenirs pleins de gloire ; vous serez de nouveau consacrés dans la mémoire des hommes libres.

Tandis que FEurope , qiù vous doit ses lumières et les inspirations du génie des arts , vous abandonne à la fortune ; tandis qu'une froide politique balance , dans ses arides calculs , les profits et les risques de Pavenir ; tandis qu*'elle hésite entre les droits naturels des peuples et la légitimité de la barbarie , valeureux Hellènes , vous formez vos phalanges , vous armez vos vaisseaux, vous placez votre indépendance et votre liberté sous la sainte protection des lois. Puissiez-vous ne devoir qu'à vous seuls Faffranchissement de vos cités ! Gardez-vous de l'étranger ! Ses promesses sont des pièges , ses secours sont perfides : la honte et l'oppression accompagnent ses drapeaux.

Mais , pendant que nous écrivons ces lignes , des chants de victoire retentissent de l'Hel-

lespont à la mer cVIoiiie. L'orgueil ottoman est humilié ! Deux fois ses flottes ont été battues ; deux fois le pavillon hellène s'est élevé en triomphe sur le croissant ; et c'est une marine encore dans l'enfance qui a opéré ces prodiges. Ainsi, la Grèce confie, une seconde fois, à ses vaisseaux le dépôt de ses libertés.

LE TABLEAU

Un bâtiment turc vient d'échouer sur ces côtes, qui virent jadis le roi des rois, Xercès, s'embarquer, seul et fugitif, dans une nacelle, et payer , de tant d'humiliation , son immense orgueil. La chaloupe turque regagne l'escadre que Ton aperçoit dans le lointain. La foudre sillonne les nuées grisâtres , et une teinte pâle et blafarde règne sur l'Océan et dans le ciel. Les Grecs accourus sur le rivage, et reconnaissables à la singularité de lem's riches vêtemens , brûlent le navire ottoman , dont la masse bizarre s'entoure déjà de fumée ; d'autres amènent et pointent une petite pièce de canon , qui peut-être va couler de son premier boulet la chaloupe qui s'éloigne.

On en voit qui , les pieds dans l'eau , couchent enjoué la barque turque ; d'autres , montés sur des rochers, amorcent et vont tirer.

Toute la scène est pleine (l'activité et de vie.

Les figures sont très-petites , et la dimension du tableau eût à peine laissé croire à la possibilité de leur donner le mouvement et l'expression qui doivent les caractériser.

L'effet d'orage, si piquant et si neuf, prouve que l'artiste observe habilement et saisit la nature jusque dans ses moindres caprices.

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