DE JEMMAPES. I
})(uicliee, à je ne sais quel embarras entre les habitudes delà monarchie et l'ambition républicaine, qui le earael('risent, j^n reconnu le général Dumouriez,. C'est lui qui s'avance entouré de son état-major; l'attention des officiers qui le composent semble partagée entre le plaisir de voir une colonne de prisonniers autrichiens, ayant le colonel Reychak à leur tête, que l'on amène au général en chef, et le spectacle douloureux du général Drouet , mortellement blessé.
Je les reconnais tous. Voilà le jeune et brillant duc de Montpensier. Ce guerrier , c'est Macdonald qui prélude avec tant d'éclat à la gloire qui doit un jour le conduire au premier grade de l'armée. Cet autre, c'est le jeune Belliard qui, depuis, accompagna la victoire sur tous les champs de bataille où elle suivit nos drapeaux. Je suis tenté de l'aborder et de lui demander ce qu'il pense du sort de la bataille; je prévois qu'elle renferme les destinées de la patrie. Il s'agit de savoir, si les peuples de l'Europe imposeront des lois à la France, ou si elle achèvera la conquête de sa liberté ; si elle purgera son territoire des étrangers qui ont osé l'envahir. Le champ de bataille où va se décider cette grande question , c'est Jemmapes.
Combien de braves sont déjà tombés en sacrifice, dans cet bolocauste à la patrie ! De vieux soldats soutiennent le général Drouet enveloppé dans une couverture de l'ambulance. Leur figure, sillonnée parles fatigues ou les blessures de la guerre, porte Tempreinte de la pitié : rémolion a ébranlé ces âmes endurcies au péril. Je cherche avec une douloureuse inquiétude la blessure de Drouet , sur son corps à demi découvert; je ne la trouve pas;... mais ses jambes ne se dessinent point sous la draperie ensanglantée, qui retombe perpendiculairement de ses genoux jusqu'à terre. Les deux jambes ont été emportées par un boulet : qu'il doit souffrir ! mais que l'expression de sa douleur est noble ! quelle exaltation et quelle résignation dans tous ses traits ! 11 tourne les yeux vers ses compagnons d'armes; et pendant qu'un chirurgien le montre au général en chef, je l'entends qui s'écrie : « Français , qu'importe )) ma vie! on se bat derrière vous; le village » de Cuesmes va être emporté; je mourrai , je )) le crois ; mais j'aurai contribué à la première » victoire de la république. »
Noble amour de la patrie, quelle sublimité tu donn<îs à la bravoure î quelle tendresse héroïque respire dans les traits de ce guerrier ! L'irrésistible force de son dévouement a dompté