‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 5 sur 86 · DE JEMMAPES · texte numérisé non relu

DE JEMMAPES

la soiidrancc physique, cl ses yeux, prêts à se leriucr, clincellent encore (Pesperance et (l"*héroïsme.

A quelque distance , un jeune homme à la première fleur de Vâge, monté sur un coursier ardent , et vctu avec une élégance recherchée , abaisse sur le général mourant un regard plein de compassion. Cette première leçon de dévouement à la patrie marquera sans doute dans une ame si tendre; peut-être un jour

aussi le sang de ce jeune guerrier Mais

comment un si aimable enfant se trouvc-t-il sur un champ de bataille ! Que sa figure est douce et délicate ! que ses yeux sont beaux ! qu^il semble peu fait pour endosser la cuirasse et porter une pesante épée ! Non , ce visage nVst pas celui d\m soldat. Sous le daim flexible , qui recouvre ses membres , la gracieuse rondeur de ses formes trahit un sexe qui nVst point né pour la guerre : c^est une femme, c'est une jeune fille, c'est cette jeune Fernig, que le seul amour de la patrie , que la haine d\in ennemi insolent et agresseur précipita au milieu de Tarmée française ; noble amazone, à qui un peuple enthousiaste de la beauté et de la valeur n'avait encore consacré ni un poëme , ni un tableau, ni une statue.

Je détache à regret mes regards de ce groupe

si intéressant, pour les porter sarrensenible de ce premier plan, et saisir, Fun après Faiitre, les détails qui le composent. Voici le père de la jeune Fernig : devant lui, j'aperçois Baptiste, ce domestique de Dumouriez , qui réclame une part dans la gloire de cette journée ; on le verra bientôt, sans ordre , conduit par un instinct de valeur et d'habileté militaire , rallier six bataillons , et charger à leur tète.

Une fosse de charbon embrasé fait jaillir, à droite de tous ces personnages , les flots d'une lumière rougeàtre.

Par quel art mon œil enchanté passe-t-il si doucement d'une nuance à l'autre , et quelle est cette habile combinaison d'effets naturels, qui me conduit, sans disparate, de l'ardente clarté de cette fournaise à la douce lumière du premiei^ plan , à la teinte sombre de l'enfoncement , aux collines bleuâtres de l'horizon et à l'azur d'un ciel obscurci par les nuages.

Un sentier passe au-dessous de la hauteur, où se trouve l'état-major : un chariot du pays s'y trouve engagé; il est rempli de nos soldats blessés. La bataille a été meurtrière , et Drouet n'est pas la seule victime de ce jour. Dans le chariot, a côté d'un vieux militaire, je vois couché sur la même paille un jeune volontaire dont la main avait récemment quitté la charrue pour

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