‹ Salon d'Horace Vernet. Analyse historique et pittoresque des quarante-cinq tableaux exposés chez lui en 1822Chapitre 8 sur 86 · DEFENSE DE LA BARRIERE DE CLICFIY. 9,Ç · texte numérisé non relu

DEFENSE DE LA BARRIERE DE CLICFIY. 9,Ç

de citoyens, non encore armés , des ouvriers en nombre considérable coururent aux barrières , demandant partout des armes, et n''en trouvani nulle part ; plusieurs sortirent dans Tespoir dVn ramasser sur le champ de bataille. Tout se passait alors dans Paris, comme si Ton avait décidé qu'il ne serait pas défendu.

Le feu de Fartillerie commença entre cinq et six heures du matin. On sut que les efforts de Pennemi se portaient sur la position de Belleville : la garde nationale , chargée de couvrir les barrières, dVmpècher les troupes légères de Fennemi de se glisser entre les masses et d''insulter les faubourgs , ne resta pas étrangère à Faction principale. Elle fournit un grand nombre de tirailleurs, qui opposèrent à Fétranoer une vive résistance et se montrèrent dignes de ces bataillons parisiens dont le courage fixa la victoire à la bataille de Jemmapes.

Les positions de Pantin , Belleville , Romainville et la Butte-Saint-Chaumont, oii Faction s''était engagée , avaient été successivement enlevées. Nos troupes disputaient le terrain pied à pied, mais elles se trouvèrent enfin accablées par le nombre.

Rappelons ici, comme un souvenir honorable à la jeunesse française, espoir de notre gloire et de nos libertés, Fhéroïsme de ces

généreux enfims de rancienne École polytechnique, qui, avec quelques pièces d''artillerie, suspendirent pendant plusieurs heures le mouvement des alliés , montrèrent partout Tenthousiasme du patriotisme , et jonchèrent d''ennemis les approches de nos positions. Trois fois les colonnes ennemies s'élancèrent contre eux; elles furent trois fois repoussées, et ne durent un succès chèrement payé, qu"'à Fimprévoyance des chefs et à Tépuisement de nos munitions.

Le pont de Charenton fut aussi défendu avec obstination par quelques invalides et les élèves de FEcole vétérinaire. Il y eut là cent cinquante jeunes gens de tués. Les forces supérieures de Tennemi enlevèrent aussi cette position ; alors il se répandit sur la rive droite de la Seine.

Depuis la barrière de Clichy jusqu'à celle de Neuilly, Fenceinte et les faubourgs extérieurs n'étaient défendus que par les citoyens de Paris; et comme Fextrême gauche de Farmée ne s'étendait que jusqu'à Montmartre, cette ligne se trouvait abandonnée au brave maréchal Moncey , commandant de la garde nationale parisienne.

Dès que ce maréchal aperçut le mouvement des colonnes ennemies sur les chemins de

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la Révolte et de Saint-Ouen, il se porta à la barrière de Clichy. Le clieC de la deuxième légion ayant quitte' son poste, le chef de bataillon Odiot fut nommé commandant provisoire de la légion et des détachemens qui occupaient la barrière de Clichy et la chaussée de Saint- Ouen.

C'est dans ce poste que la garde nationale se couvrit de gloire. Toutes les positions étaient tournées et emportées. L'ennemi venait d'occuper les Batignoles et attaquait à la fois la barrière de l'Etoile et celle de Clichy. La première légion , placée à la barrière de l'Etoile, engagea et arrêta la colonne du général Emmanuel. L'ennemi fut aussi reçu par la deuxième légion avec une intrépidité et un sangfroid admirable. Le maréchal Moncey, le commandant Odiot, soutinrent le feu des Russes, qui , malgré tous leurs efforts, ne purent arriver jusqu'à la barrière. On apercevait même quelques mouvemens d'hésitation de leur part, quand le son de la trompette annonça le parlementaire qui venait proclamer l'armistice; le feu s'éteignit; les destins de la France s'accomplissaient.

Pendant la retraite de l'armée française, et jusqu'à l'entrée des alliés , il fallut pourvoir à la sûreté de Paris avec le seul secours de la

garde nationale. Le zèle, rintelligence, le courage des officiers et des gardes nationaux pourvurent à tout. Ils continrent dans leurs prisons les détenus qui essayèrent de sVn échapper : les cosaques qui pénétrèrent par -dessus les palissades furent arrêtés; de nombreuses patrouilles parcoururent les divers quartiers de Paris , et un calme profond régna dans la capitale, pendant la nuit qui précéda son occupation.

Enfin parut Taurore de cette fatale journée du 3i mars, où FEurope, secondée par nos funestes divisions , étonnée de ses propres succès , entra triomphante dans cette même ville d'où , pendant vingt-cinq ans , étaient parties les foudres qui avaient renversé ou ébranlé les trônes de ses souverains. La France était vaincue et non humiliée ; Thonneur , le patriotisme et le courage lui restaient; épuisée par ses victoires, elle aspirait au repos de la liberté.

LE TABLEAU

Ma pensée franchit en un moment vingt-deux années. Du champ de Jemmapes, je passe au siège de Paris. Vainement un abimc de gloire et de désastres sépare les deux époques ; mon

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