LE GÉNÉRAL DROUOT
Drouot ost im Caton ; c'est nn lioinnie qui sent son Aristide.
( Napoléon. )
Le générai Drouot rappelle les vertus modestes , le désintéressement , la bravoure , les talens militaires de Catinat. Ces deux hommes illustres ont une physionomie antique; ils vivront tous les deux dans les fastes de la gloire française et dans l’avenir le jdus éloigné : la nation les proposera pour modèles à ses guerriers.
Le eomte Drouot, lieutenant-général , entra dans l’artillerie en ijqS comme lieutenant, fit toutes les campagnes delà révolution , passa en Egypte avec Bonaparte , et servit , à son retour en France, dans l’artillerie à pied de la garde impériale, oii il occupait, en 1809, le grade de major. Devenu général de brigade, il acquit en peu de temps , par son intrépidité , son sang-froid dans le danger et la justesse de son coup-d’œil , la réputation d’un des
l.K GFMCIUI. DROUOT. 6()
"('lu'raux les plus l)raves et les plus habiles de 1 arnioe.
Napoléon ne tarda pas à apprécier les brillantes (pialilés de c<‘t ollicier , et Tattacha comme aide-dc-camp à sa personne le 7 mars i8i3. A la l)alaille de Lut/.cn, il rendit un uMiiinent service en chargeant rennemi au galoj) à la tète de l’artillerie légère. Il se signala de nouveau à la bataille de Baiitxen, où il fut promu au grade de general de division. Attaque à Waehau où il commandait l’artillerie de réserve , par la cavalerie ennemie très-supérieure en nombre, il ordonna à ses canonniers lie former leurs pièces en carré et de charger à mitraille ; ce mouvement , exécuté avec précision, mit dans un moment l’ennemi dans une déroute complète. Le général Drouot ne montra ])as moins de valeur à, Hanau contre les liai arois , à Nangis , et surtout au défilé de Vauclor qu’il franchit sous le feu de soixante pièces de canon qui en défendaient le passage.
Dévoué par reconnaissance à la personne de ÎNapoléon , le général Drouot le suivit à file d’Elbe dont il fut nommé gouverneur militaire, et revint avec lui en France.
Créé pair le 2 juin i8i5, il parfit peu de jours après pour l’armée, et se trouva à la bataille de Waterloo; avec ses talens et son in-
Li; GENEIiAr. DHOUOT.
trepidite ordinaire, il contril)ua à rallier sous les murs de Laon les troupes dispersées par ee désastre.
Compris dans l’ordonnance du 24ji^dllet , il n’hésita pas à se constituer prisonnier à l’Abbaye. Le général Drouot montra, dans cette circonstance , le même caractère de magnanimité , la même assurance qui l’avaient distingué jusqu’alors, fl comparut devant ses juges après une captivité de pi'ès d’une année, avec le calme d’une grande ame et la fermeté d’un grand courage : cette fois, la vertu rencontra la justice. Le général Drouot fut acquitté. Lorsque le roi lut informé du résultat du jugement, il fit défendre au ministère public de se pourvoir en révision : résolution vraiment royale et plus propre à affermir un trône que l’exil et les proscriptions.
Le général Drouot est rentré dans la vie privée, et c’est le guerrier redevenu citoyen qu’Horace Vernet présente à nos regards.
LE TABLEAU
Sous l’habit modeste qui le couvre , on ne reconnaît plus le vainqueur de Wacbau, de Vauclor; mais dans les traits de cette physionomie calme et sévère, dans ce regard j)ensif,
LK CK.NKKAI. ÜUOUOT.
dans celle pose ferme et modeste, on retrouve le sage d’Horace, le [)hilosophe inébranla])le aux coups de la fortune , l’iiomme qui place ' la vertu au-dessus de la gloire, et la patrie audessus de tout.
Le même talent d’exécution nous force à répéter le même éloge; ce portrait, comme ceux de ^IM. Dupin et Madier de Monljau, atteste un pinceau tout à la lois rapide et scrupuleux qui rencontre toujours l’eÜct,sans le chercher hors de la nature et de la vérité.
[,'N“ XII.f]