LE SOLDAT
'Page, de la Seine et du Dnieper, le eonnnandeinent , les marches, les attaques, le choc terrible de trois cent mille soldats rassembles de tous les coins du monde; quel tumulte! ([uel desordre que celui de la veille ! quel repos (pie celui du lendemain !
Le soleil se couche. Ses derniers feux ensanglantes semblent avoir empruntii, aux plaines ([u’il (‘claire encore , une teinte de carnage et de terreur. La terre est jonchee de cadavres; la France a succomb(^. Vingt rois ont conduit leurs nombreux sujets contre un seul prince dont la grandeur les épouvantait. Ils ont triomplui cette fois ; la trahison (‘tait leur alliée. Qu’ils modèrent leur orgueil !
llèlas ! ne sont-ce pas là ces aigles tant de fois victorieuses , ne sont-ce pas nos drapeaux, ([ue je vois souille's de sang et traînes dans la poussière ? (îes jiièces de canon renversées , n’ont-clles pas foudroyé les Russes à Smo- Icnsk et les Prussiens à Austerlitz. ? N’ai-je pas reconnu nos vieilles bannières et toute la magnibcencede nos camps à moitié ensevelies sous la fange trempée de sang humain ! Ah ! que ces souvenirs d’une gloire immortelle restent cach(‘s au sein de la terre, et (pi’un insolent ennemi n’en fasse pas les trophées menteurs d’une indigne A ictoire !
DK WATKKLOO.
LE TABLEAU
Ces pensées sont écrites sur le Iront du grenadier blessé. Il se repose avec douleur sur un tertre sépulcral, où dorment d’un soniineil glorieux quelques-uns de ses compagnons morts sur le champ de bataille. Il s’est elForcé d’ensevelir les honneurs de l’armée. La l’atigue l’accable : et l’œil fixé sur ces débris, la tête ajjpuyée sur sa main , il donne un dernier soupir à ses drapeaux , et une dernière pensée à notre gloire.
Qui verra jamais, sans en être touché jusqu’aux larmes, cette figure d’une expression si déchirante ! cette simple croix de bois qui indique la sépulture des soldats de la patrie! Après avoir parcouru le monde en vainqueurs, ils ont pris possession de quelques pieds de terre , loin du foyer domestique et des larmes de l’amitié. Que cette terre leur soit légère , et ([ue leur mémoire n’éprouve jamais l’oubli de l’ingratitude !