UNE MARINE
Les lames d’eau qui se brisent en ecuine sont fortes et larges; je n’en aperçois qu’une ou deux;mais leur fôrmeet leur suspension terrible peignent à mon imagination tout un Océan.
Cette scène est belle et simple. Elle saisit fortement l’attention. L’intérêt s’y concentre sur cette jeune femme, qui , par sa pose perpendiculaire , développe les courbes heureuses et les douces ondulations d’un beau corps. Ces vagues noires, cette obscurité du ciel senddent ajouter à l’horreur de la situation : la barque qui va être mise à flot, prouve qu’il n’y a plus d’espérance ; ces roches immenses protègent l’enlèvement ; ce chef superbe , au regard dédaigneux , ne cédei’a pas aisément une si belle proie; au milieu de tant de terreur , je joins involontairement mes larmes aux larmes de la jeune infortunée.
On se souvient sans doute d’une autre Marine (i), où des Algériens jouent aussi le principal rôle. Dans cette marine que nous avons précédemment décrite , les personnages sont petits, finement touchés; le reflet du soleil sur les A^agues est précieux et singulier ; la touche , en général, est soignée et brillante.
Dans celle-ci, que nous n’hésiterons pas à
(i) Marine, n" VI, p. 5o.
t;>e maki.nk.
préforer, respace embrassé est plus étroit; les figures plus grandes , disposées avec plus de soin, attachent et fixent davantage les yeux. L’expression est très-forte et très-vraie; enfin , on voit que le pinceau , sans perdre de sa grâce et de sa beauté d’exécution, s’est livré avec plus d’abandon à ses inspirations énergiques, et a imité la nature avec plus de fougue et non moins de naïveté.