SCÈNE DE F ANATISME ESPAGNOL
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AlcÉe, fragment u).
Ce ne sont pas des pierres; ce ne sont pas des remparts; ce ne sont pas des barrières construites avec habileté, qui deTendent les villes et qui font la force des États : ce sont des hommes ; des hommes amoureux de leur patrie, et décidés à s'ensevelir sous scs ruines.
Quelque horreur qu’inspire leur fanatisme indomptable; quoique je voie avec douleur et avec elfroi leurs mousquets et leurs poignards dirigés contre des Français, je ne puis oublier que ces hommes défendent leur patrie ; la féroce superstition de leur croyance disparaît dans la noblesse de leur cause. Ils offrent en
(i) Ce grec, dont nous demandons pardon aux dames, esta peu près le seul fragment qui nous reste d’un poëte sublime , Alcée , celui dont les hymnes à la liberté électrisaient l’ancienne Grèce.
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sacrifit'oà lewr Dieu le san<>' des l)lessur(*s (jirils oui reeues [)our leur |)a\s; ils meureiil avec joie; ils lieiiuent sans trembler rarine terrible dans leurs mains qui n’ont encore [)orte (jue le crueifix et les vases saints. Alarlyrs de la religion et du patriotisme, (juclle puissance humaine vous résisterait ? Tant que la race entière n’en sera pas exterminée, (pii se flattera de dompter des hommes (pi’nne double exaltation rend invincibles?
\ oilà , comme le disait Alcée il y a vingt- (piatre siècles, les seuls renqiarts insurmontables I des hommes ri'solus a s’ensevelir sous les derniers tUdiris de leur patrie! Aussi ([uel lut contre eux le succès de nos armes toujours victorieuses? Des batailles brillantes, mais inutiles; des pertes immensexs et journalières; les triomphateurs de l’Eurojie arrêtés par quelques paysans et quekjues moines, qui préféraient la mort à la domination étrangère.
LE TABLEAU
Un couvent vient d’être assiégé par les Français. Déjà plusieurs débris de ses constructions antiques annoncent que le feu de nos troupes a fait de grands ravages dans cette forteresse improvisée. Des pierres se sont détachées, et,
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noircies par la poudre, elles ont forme sur le devant une espèce de monceau de ruines. Cest sur ces ruines que gravit un guérillas , dans le costume complet de sa nation et de sa milice. Sa pose est belle; et le deVeloppement de ses membres vigoureux annonce l’inébranlable fermeté de sa résolution. Il tient un mousquet, et va faire voler le plomb mortel ; ses sandales, son pantalon rouge qui dessine ses formes athlétiques, le réseau qui retient ses cheveux noirs , tout lui donne un caractère à la fois historique et grandiose.
Mais voyez-vous, plus loin et vers le milieu de la scène , ces trois moines dans des poses différentes, et dont le vêtement couleur de terre n’en ressort pas moins sur la poudre et la fumée. Le premier est vieux; sa barbe et ses sourcils sont blancs. Son expression est calme , farouche, exaltée. 11 s’est jeté à genoux, et oppose avec tranquillité la croix qu’il tient en main aux tirailleurs français qui s’avancent.
Un jeune novice, saisi d’une terreur involontaire , se cache derrière eette croix , comme derrière un abri inviolable. Un autre moine amorce le fusil dont il va se servir. La vue d’un soldat français que l’on aperçoit dans un cachot souterrain, et qui s’efforce en vain d’en rompre les barreaux, ajoute à l’intérêt d’une scene
SCÈ.NE UE EAiNATlS.ME ESEAGM)!.. l/fl
où Taine reste, |)oiir ainsi tlire, iiuliù'ise entre Tiiorrenr et Tadiniralion dont elle est saisie.
One toutes ees poses sont hardies! Que tout cela est simple et bien ordonne !
Si Ton a dit que le serpent , dans le tableau du Poussin , est le véritable sujet de toute la composition, il est permis de dire, ipTici le principal personnage et le sujet reel du tableau, est ce soldat furieux et captif que Ton aperçoit à peine, et sur les traits duquel toute la rage du désespoir est néanmoins si profondément empreinte.
Sur le parapet d’un escalier et au-dessus du soupirail , est assis un moine blessé. Son fusil , dont la crosse tondie à terre , s’appuie sur l’une de ses jambes. Un peu de sang coide sur la poitrine de ce malbcureux. Une balle l’a frappé. Les bras ouverts, les yeux levés au ciel, la figure pleine d’une expression énergique et douloureuse,on croit entendre les derniers mots qui s’échappent de ses lèvres : « O mon Dieu ! je )> t’offre mon sang. Il coule pour ta cause; il » coule pour la cause de ma patrie ; le ciel s’ou- » vre ; je puis mourir. )>
J’ai donné une idée de l’ensemble de ce tableau : mais pour en faire sentir tout le mérite , il eût fallu que la plume pût rendre, d’un trait, l’énergie et le charme, que le génie deLesueur, joint au talent de Vandyck, a su jeter sur cette
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admirable composition. Sagesse et force d’expression ; de larges draperies admirablement traitées; une singulière pureté de dessin; une grande vigueur de touche; une sini])licité de pensée qui m» fait qu’ajouter à la force de l’impression ; voilà ce queLesueiu’, le Racine de notre peinture, pourrait justement revendiquer. De belles oppositions , des effets de couleur très-remarquables , du mouvement et de la grâce, voilà ce <pi’il semble que M. Verneta dérobé à Vandyck. Si le tenqis respecte les couleurs de ce tableau , notre siècle aura légué à la postérité peu de monumens de l’art , aussi remarquables.
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