DÉFENSE
DK LA lIAlimÈKE DE CLICIIY.
Ah ! si la patrie eût pu être sauvée , elle l eûl été par ces hras héroïques.
(Virgile, Enéide, l.H.)
La grande campagne de i8i4, sibrillanlecl si malheureuse; cette campagne de trois mois, ])cndant laquelle le génie de Napoléon et le dévouement de soixante et dix mille guerriers français avaient plusieurs fois repoussé ou eontenules huit cent mille hommes que les souverains de l’Europe avaient eux-mêmes conduits sur notre territoire; cette campagne touchait à sa Hn. Trois grandes armées s’étaient avancées sur Paris défendu seulement par quinze mille hommes de troupes réglées et les légions de sa milice citoyenne.
Le 3o mars , entre trois et (piatre heures du matin, le rappel des tambours annonça la crise <pii se préparait. La garde nationale se rendit à ses ()OStes avec célérité. Une grande (piantité
DKFENSt; DK I-A B.VIUUKKE UE CEICUY. H) lie citoyens, non encore armes , des ouvriers en nombre considérable coururent anx barrières, tlemandanl partout des armes, et nVn trouvant nulle part ; plusieurs sortirent dans l’espoir d’en ramasser sur le champ de bataille. Tout se passait alors dans Paris, comme si l’on avait décide qu’il ne serait pas défendu.
Le feu de l’artillerie commença entre cimj et six heures du matin. On sut que les efforts de l’ennemi se ])ortaient sur la position de lielleville : la garde nationale , chargée de couvrir les barrières, d’cmpéchcr les troupes légères de l’ennemi de se glisser entre les masses et d'insidler les faubourgs, ne resta pas étrangèi’e à l’action j)rincipalc. Elle fournit un grand nombre de tirailleurs, qui opposèrent à l’étranger une vive résistance et se montrèrent dignes de ces bataillons parisiens dont le courage fixa la victoire à la bataille de Jemmapes.
Les positions de Pantin, Belleville , Romainville et la Rutte-Saint-Chanmont , où l’action s’était engagée , avaient été successivement enlevées. Nos troupes disputaient le terrain j)icd à pied, mais elles se trouvèrent enfin accablées par le nombre.
Rap|)clons ici, comme un souvenir honorable à la jeunesse française, espoir de notre gloire et de nos libertés , l’héroïsme de ces
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généreux enfans de rancienne École polyleelinique, qui, avec quelques pièces d’artillerie, suspendirent pendant plusieurs heures le mouvement des alliés, montrèrent partout l’enthousiasme du patriotisme , et jonchèrent d’ennemis les approches de nos positions. Trois fois les colonnes ennemies s’élancèrent contre eux; elles furent trois fois repoussées, et ne durent un succès chèrement payé, qu’à l’imprévoyance des chefs et à l’épuisement de nos munitions.
Le pont de Charenton fut aussi défendu avec obstination par quelques invalides et les élèves de l’Ecole vétérinaire. Il y eut là cent cinquante jeunes gens de tués. Les forces supérieures de l’ennemi enlevèrent aussi cette position ; alors il se répandit sur la rive droite de la Seine.
Depuis la barrière de Clichy jusqu’à celle de Neuilly, l’enceinte et les faubourgs extérieurs n’étaient défendus que par les citoyens de Paris; et comme l’extrême gauche de l’armée ne s’étendait que jusqu’à Montmartre, cette ligne se trouvait abandonnée au brave maréchal Moncey , commandant de la garde nationale parisienne.
Dès que ce maréchal aperçut le mouvement des colonnes ennemies sur les chemins de
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l:i et (1(‘ Saint-Üuen, il se porta à la
harrière de Cliehy. Le elief de la deuxième légion ayant (juittè son poste, le elief’de bataillon Otiiot lut nommé cominandanl j)rovisüire de la b'gion et des dètachemens qui occu|)aienl la barrière de Cliehy et la chaussée de Saint- Ouen.
(^est dans ce poste que la garde nationale se couvrit de gloire. Toutes les positions étaient tournées et emportées. L’ennemi venait d’occuper les Hatignolcs et attaquait à la fois la barrière de l’Etoile et celle de Cliehy. La j)rcmière légion, placée à la barrière de l’Etoile, engagea et arrêta la colonne du général Emmanuel. L’ennemi fut aussi reçu par la deu- -xième légion avec une intrépidité et un sangfroid admirable. Le maréchal Moncey, le commandant Odiot, soutinrent le feu des llusses, tpii, malgré tous leurs efforts, ne purent arri- \er jusqu’à la barrière. On apercevait même tpielqucs mouvemens d’hésitation de leur part, (piand le son de la trofupette annonça le parlementaire qui venait proclamer l’armistice; le feu s’éteignit ; les destins de la France s’accomplissaient.
Pendant la retraite de l’armée française, et jusqu’à l’entrée des alliés , il fallut jiourvoir à la sûreté de l’aris avec le seul secours de la