CHAPITRE XrV
MM. PoTBKLBT^ JbankqMi Lesorkb el Dbstguchss.
La Querelle de Trissotin et F'adias, par M. Poterlet, est une composition agréable, d'une couleur séduisante et harmonieuse.
L'auteur, on le voit , est né coloriste ; il y a dans rinvention et le choix des ions quelque chose de soudain et d'improvisé , de singulièrement vif et saisissant, que l'étude, même la plus courageuse , ne saurait donner. Malheureusement ces éblouissantes qualités^ ne sauraient tenir long-temps contre un examen sévère, car elles ne sont que l'écorce ou le vêtement d'une belle chose , mais ne sauraient suffire à elles seules k la beauté d'un ouvrage.
Ce qui manque au tableau de M. Poterlet, d'ailleurs très ingénieusement composé, c'est un dessin consciencieux et serré , c'est l'é-
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tude successive et patiente de tous les détails viyans et inanimés qui concourent k la représentation du drame ; et puis il semble que sa peinture n'est pas menée à bout, que le courage lui a manqué et qu'il a quitté de caprice son œuvre à peine commencée. Ébauché, rapidement indiqué, ce devait être charmant, c'était à n'en pas douter, quelque chose d'invitant et de flatteur ; mais le travail de la palette a commencé trop tôt et n'a pas attendu son tour. L'artiste a mêlé capricieu^sement les tons et les couleurs avant d'avoir nettement et précisément arrêté les formes et les contours de ses acteurs ; c'est d'un bout k l'autre, et presque toujours, de la peinture parlée , mais rarement écrite ; c'est une rapide et ingénieuse succession d'idées; mais on sent que le style a manqué pour les relier solidement , et pour leur assurer la durée et la clarté que seul il peut donner. Il y a telle portion du tableau qui joue si coquettement à l'œil , que Bonington ne l'eût pas dédaignée; mais cette première séduction, que nous ne voulons pas nier, s'évanouit rapidement devant une critique sérieuse. Si nous
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avions foi dans Fauiorité de notre parole, nous conseillerions à M. Poterlet de renoncer pour un an ou deux k la peinture propre* ment dite, pour étudier en détail et sous tous les aspects, la forme et les dimensions des choses et des personnes, pour se rompre à toutes les difficultés du dessin, pour s'initier à tous les secrets qu'il parait ignorer ; et à ces conditions, pour peu qu'il retrouve , et nous n'en doutons pas, la palette riche et variée que nous lui connaissons, nous osons lui prédire un éclatant succès.
Nous regrettons beaucoup que M. Jeanron, inconnu jusqu'ici, etqui en est, je crois, à ses premiers débuts, ait retiré du Salon un portrait d'artilleur. La peinture de ce morceau est large et franche, la couleur est bonne et vigoureuse, le fond rappelle peut-être trop officiellement la manière de Rembrandt; mais ce défaut est très excusable et peut d'ailleurs se corriger facilement. Le masque est d'un beau caractère, peut-être le modelé n'en est-il pas assez serré; le vêtement, qui veut être bleu, pousse au vert, et cela tient évidemment au parti pris de chercher par-
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tout des ombres noires. Néanmoins, et malgré ces critiques, cVst un bon portrait. Les petits Patriotes, du même auteur, sont spirituellement composés, d^un dessin facile, naïf, d'une couleur assez vraie; l'effet général qui en résulte, est un sourire mélancolique et grave. La scène représentée par M. Jeanron, et qui a pu se passer telle qu'il nous la donne, est mêlée de tristesse et de gaieté. C'est , avec la Liberté Ae M. Delacroix, à une distance lointaine, la seule composition raisonnable et poétique qu'aient inspirée les événemens de juillet. Par une singulière coïncidence , le fond du tableau de M. Jeanron n'est pas mieux perspective que celui d'Eugène Delacroix, les acteurs du dernier plan sont, par leur dimension , très éloignés du spectateur; mais cet éloignement est violent, et la disposition des lignes s'y oppose; il semble que les deux artistes aient tous les deux k dessein négligé ce détail. Le talent de M. Jeanron mérite d'être encouragé, et nous paraît réservé à un glorieux avenir.
Un jeune enfant malade, soigné par son frère, de M. Lesorre, émeut puissamment.
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Tout, dans ce tableaa, est empreint d'une louchante et profonde naïveté ; la tête et les épaules de Fenfant alîlé sont d'une indication heureuse : on y lit sans peine la fièvre et la souffrance; la figure de son frère, assis près de lui, respire un pieux attendrissement, un intérêt empressé et en même temps une admirable résignation ; c'est une pathétique et douloureuse élégie. Nous ne saurions trop louer la composition proprement dite de ce tableau; mais pour ce qui concerne l'exécution, nous reprocherons à M. Lesorre d'avoir touché uniformément et avec la même dureté, les murs, les vêtemens , les figures et les mains ; c'est un défaut grave, et que nous ne saurions passer sous silence. A part ces critiques, nouscomprendrons volontiers dans un commun éloge ce tableau et plusieurs aquarelles du même auteur.
M. Destouches, dont le succès au Salon dernier, pour me servir de l'expression irlandaise, est encore tout vert dans nos mémoires, réussit par les mêmes moyens, quoique avec un talent supérieur, que M. Du-
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bufe. U Amour médecin ^ la Rupture du Cantraty ne sont ni pires ni meilleurs que le Relaur au Village. Je dois toutefois à ma conscience de déclarer que, selon toute apparence, en 1827 il n'était pas capable de faire ou plutât de coudre et de piquer le couvre-pied en soie serin que j'ai minutieusement admiré dans \ Amour médecin; c'est un chef-d'œuvre de tous points ; adresse , patience, exactitude litlérale, tout s'y trouve, et l'on n'a rien à regretter ; je voudrais pour tout au monde, si j'étais riche, n'avoir qu'une passion , celle des couvre-pieds , et pouvoir disposer à mon gré du pinceau de M. Destouches; et s'il est vrai, comme l'ont dil et pensé plusieurs philosophes antiques, que tout le secret du bonheur humain est dans ces deux paroles, vouloir et pouvoir, je m'assure en toute sécurité que je serais souverainement heureux.
M. Dubufe s'adresse d'ordinaire aux grisettes, au cœur des modistes si officiellement sensibles. M. Destouches vise plus haut, ajuste aussi bien, et ne touche pas moins sûrement; il en veut à cette portion ver-
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tueuse de la bourgeoisie qui , depuis quelques cipquaDte ans, fait tous les soirs ses délices de la lecture de Claudine et de Bliombéris. Or, il faut bien Tavouer, le peintre ne le cède en rien au chevalier de Florian. On a dit et répété à profusion que M. Destouches rappelait Creuse, peut--êtrel)ien comme Campistron rappelle Racine, et je renvoie aux pages de Diderot ceux qui persisteraient obstinément dans cette déplorable et injurieuse comparaison. Il ne faut troubler la joie de personne, et je respecte volontiers tous les bonheurs sérieux et sincères. A ce titre, je déclare bonne et valable l'admiration publique, et j'approuve d'avance Tempressement unanime qui va faire à ces deux nouvelles élégies un succès aussi éclatant et aussi populaire qu'à leur sœur aînée ; mais je me réserve le droit de penser et de dire que ces trois élégies sont pitoyables , et que, sans le scandale qu'elles produisent au Salon de cette année, la critique ne devrait pas même descendre jusqu'à s'en occuper.
Au reste, c'est une belle et intéressante peinture pour ceux qui jugent et qui sentent
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la peinture littérairement, et je ne serais pas étonné d'apprendre qu'elle a inspiré deux idylles et trois opéras comiques.
Donc , au nom de M™« Deshoulières et de M. Planard, M. Destouches est un peintre pathétique.
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